Chroniques 2026 \ Une bonne épouse d’Ingrid Desjours

Retour en force d’une grande dame de la littérature noire : “Une bonne épouse” d’Ingrid Desjours, paru le 11 mars 2026 aux éditions Harper Collins.

Le pitch : Alice a trente ans, Paris pour décor et le cœur en morceaux depuis qu’on lui a enlevé la garde de sa fille. Jusqu’au jour où une publicité attire son regard : une retraite dans un lieu enchanteur en pleine montagne, présentée comme une promesse de renouveau. C’est cher, un peu fou… mais que pourrait-elle perdre de plus ?
Au fil des jours, Alice se découvre, se reconstruit. Lors d’une soirée dans un bar local, elle rencontre Marcel : charmeur, mystérieux et convaincant. Il l’invite à s’installer dans un village coupé du monde à deux pas de là, un havre de paix où d’autres couples filent déjà le parfait amour : la Fosse aux anges.
Séduite et pleine d’espoir, Alice accepte. Mais le vernis idyllique ne va pas mettre longtemps à se craqueler : les femmes qui vivent ici sont-elles aussi heureuses qu’elles le paraissent ? Car, après tout, un cauchemar n’est qu’un rêve qui a mal tourné, n’est-ce pas ?

Cela faisait une éternité que je n’avais pas lu Ingrid Desjours… Mais, pour une fois, j’ai une bonne excuse : Cela faisait une éternité que l’autrice n’avait rien écrit en littérature noire ! J’ai donc patienté jusqu’à la parution de ce nouveau roman, que je me suis procurée aux Quais du Polar… Le temps a filé plus vite que prévu mais le salon de la Cigogne Noire m’a permis d’éviter tout retard en glissant la romancière parmi les invités des tables rondes que j’avais à animer en septembre dernier… Ce qu’il manque à présent, c’est une chronique : Et la voici !

Pour son retour en librairie, Ingrid Desjours s’intéresse aux tradwives, un mouvement tristement d’actualité qui prône un retour aux rôles genrés, où la femme se consacre entièrement à son foyer, à son mari et à l’éducation de ses enfants tandis que l’homme assure les revenus financiers. Mais elle le fait à travers une intrigue machiavéliquement bien pensée, un roman choral redoutablement orchestré.
C’est ainsi qu’on fait d’abord la rencontre d’Alice, trentenaire égarée qui vient de perdre la garde de sa fille et qui, en désespoir de cause et en quête d’un nouveau départ, s’offre une retraite spirituelle. Puis on rencontre Lou et toutes ces bonnes épouses de “La Fosse aux Anges“, un village coupé du monde au cœur des montagnes… Mais à y voir de plus près, ce paradis perdu n’est-il pas plutôt l’antichambre de l’Enfer ?
Forte d’un indéniable travail de recherche et de documentation, l’autrice nous offre un récit choral sous haute tension, entre thriller psychologique haletant et roman noir terriblement actuel pour une lecture particulièrement prenante et marquante, abordant avec pertinence et justesse comment la vulnérabilité peut conduire à l’emprise. La personnalité des personnages est finement construite et richement étoffée. La plume est ciselée, acérée, captivante à souhait jusqu’à un dénouement tout à la fois touchant et sidérant… A l’image de cette lecture.

En bref, ce fut un plaisir de retrouver la plume d’Ingrid Desjours : Pourvu qu’elle n’attende pas dix ans pour écrire le prochain !

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