Un thriller glaçant à plus d’un titre : “Le seul témoin” de Jean-François Pasques, paru le 22 janvier 2021 aux éditions Lajouanie.
Le pitch : Pierre Morland, médecin français exilé volontaire en Sibérie, vit tranquillement isolé de tous et de tout dans sa cabane, au bord du lac Baïkal. Deux individus débarquent et somment le toubib d’être témoin de leur duel. Les combattants s’entre-tuent, reste le seul témoin que les services secrets et la police vont s’acharner à réduire au silence ! L’immensité de la Sibérie, une température terrifiante, une solitude recherchée, une nature magnifiée, une ode à la tranquillité et à la… vodka : Sylvain Tesson n’est pas loin. Le système policier et politique de la Russie de Poutine vu par un policier français, russophile invétéré. Où l’on découvre que si l’URSS, c’est du passé, le système concentrationnaire et policier reste peu ou prou le même. Saisissant et inquiétant.
C’est en apprenant que j’allais avoir la chance et le plaisir d’animer une rencontre littéraire avec Jean-François Pasques pour invité au salon de la Cigogne Noire, dont il était d’ailleurs le parrain cette année, que j’ai réalisé n’avoir que trop tardé à vous parler de cet auteur aussi talentueux que sympathique. Je me suis donc lancée le défi de vous présenter tous ses romans et, si l’ordre de mes chroniques ne correspond ni à l’ordre de mes lectures, ni à l’ordre de ses parutions, toujours est-il que j’arrive à mon dernier retour… Et c’est avec “Le seul témoin“, brillant trait d’union entre “Mortelle Canicule” et “Pour 100 millions d’euros“, que je clôture cette grande aventure… En Russie, comme nous l’avions commencée : Voyez que l’ordre de mes avis était tout de même réfléchi !
Dans ce deuxième titre (mais le troisième que j’ai lu et le cinquième que je chronique… Vous me suivez ? C’est normal, c’est facile !), l’auteur laisse un peu de répit au Commandant Julien Delestran pour retrouver l’ancien légiste Pierre Morland peu ou prou là où on l’avait laissé : En Sibérie, au bord du Lac Baïkal où il vit en ermite pour faire son deuil… Et vous dire que l’auteur nous offre ainsi un bouquin bien différent du reste de sa bibliographie relève du doux euphémisme !
Outre le fait que le Commandant Delestran n’est pas au cœur de cette intrigue, l’auteur opère un impressionnant changement de genre, de décor et de température ! Après son premier polar caniculaire, Jean-François Pasques nous entraîne en effet au cœur d’un thriller polaire dans lequel la neige, le froid et le silence sont si présents, si prégnants qu’ils constituent presque un personnage à part entière.
C’est dans cette nature tout à la fois immaculée et hostile qu’on retrouve un homme brisé dont le destin va de nouveau basculer pour une raison qui relève de la fatalité… Voire carrément de la guigne puisqu’il vivait tranquillement à l’écart du monde jusqu’à ce qu’on le contraigne à devenir le témoin gênant d’un duel à mort… L’occasion parfaite pour l’auteur d’explorer le système russe qui ne fait décidément pas dans la dentelle… Et n’évolue pas tant… Offrant à cette intrigue une tension constante et accablante, une atmosphère sidérante et inquiétante.
C’est donc avec beaucoup d’intérêt et d’empathie qu’on piste notre médecin français, autant dans ses déboires avec la police et les services secrets que dans sa reconstruction personnelle. Soutenu par une plume fluide et percutante, un style vif et épuré, cette lecture n’en est vraiment que plus prenante, différente mais tout aussi captivante.
En bref et comme déjà indiqué, c’est en Sibérie que nous avions démarré notre tour littéraire avec “Pour 100 millions d’euros“, c’est en Sibérie que nous venons de l’achever avec “Le seul témoin“… En compagnie d’une personnage auquel je me suis profondément attachée et que j’espère retrouver prochainement avec Julien Delestran… J’ai bien sûr nommé Pierre Morland !