A la recherche du temps perdu : “L’Epris littéraire” de Julien Leschiera, paru le 27 août 2025 aux éditions Le Dilettante.
Le pitch : Le narrateur de L’Épris littéraire se laisse entraîner dans l’appartement où vit reclus un authentique clone de Marcel Proust. Rien ne manque : calfeutrage, tisane, paperolles éparses, physique déconfit, quintes de toux et mobilier d’époque. L’endroit se visite comme une étape touristique dont il devient un habitué. Mais c’est vers Céleste, digne copie de la bonne de la Recherche, que notre narrateur, un romancier aussi charitable qu’en panne d’inspiration, ne tarde pas à braquer ses regards.
Julien Leschiera nous sert sur un plateau un petit théâtre de la cruauté en exhibant l’asservissement psychique d’un individu consentant. Le récit étreint le lecteur avec l’inexorable patience d’un sable mouvant, l’appétit effroyable du boa qui engloutit la chèvre.
C’est par hasard, durant mes congés l’été dernier, que je suis tombée sur ce curieux petit bouquin. Il venait alors de paraître et un unique exemplaire patientait sagement à la Librairie de Corinne, située à Soulac sur Mer où je séjournais. Sa sortie m’ayant complètement échappée, je me suis d’abord renseignée… Mais le bougre ne m’avait pas attendu lorsque je suis revenue le chercher. Qu’à cela ne tienne, “L’Epris littéraire” m’a finalement été offert pour Noël : Ne me restait plus qu’à franchir ses pages pour enfin le rencontrer…
“Un écrivain qui s’aventurait chez Lambert pour y voir, voir… Voir sa chère Céleste, il trouvait ça tellement… Tellement fascinant que tout à coup : BIM BADABOUM !” Ce texte n’a certes rien d’une comptine et s’apparente bien davantage à un petit conte cruel, toujours est-il que c’est ce qu’il m’inspire une fois sa lecture terminée ! En effet, vous qui entrez ici pour y lire un simple hommage à Marcel Proust, abandonnez toute espérance et profitez plutôt du roman noir qui vous est ici proposé.
Car Proust n’est qu’un prétexte pour installer le piège qui va bientôt se refermer, tant sur notre narrateur que sur le lecteur lui-même. Si la littérature garde toute son importance ici, l’auteur nous offre une aventure bien plus sombre qu’il n’y paraît au profit d’un huis clos oppressant, au cœur d’un appartement qu’on se représente presque comme un personnage à part entière, témoin d’une scène malsaine qui se joue sous nos yeux hypnotisés, incapables de réagir alors qu’on sait pertinemment ce qui va ici se jouer.
En dépit de quelques longueurs, l’intrigue se fait suffisamment curieuse et prenante pour nous tenir en haleine d’un bout à l’autre du récit. A l’instar de notre narrateur, nous voici victimes consentantes (à l’insu de notre plein gré) d’une spirale machiavélique et infernale dans laquelle on se laisse volontairement emporter. La plume est belle, dangereusement attrayante, le style élégant, terriblement efficace. Le tout est agrémenté d’un titre du plus bel effet… Dès lors, il n’y a plus rien à faire, nous voici prisonniers pour le meilleur et pour le pire, jusqu’à la dernière ligne.
En bref, voici une lecture pour le moins originale, un véritable traquenard littéraire auquel on ne s’attend pas (quoique ?)… Alors : êtes-vous prêts à faire connaissance avec Céleste ?