Un brillant conte à la frontière des genres, de ceux que la littérature recèlent de plus sombres : “La Gardienne” de Sonja Delzongle, paru le 05 février 2026 aux éditions Fleuve Noir.
Le pitch : Dans ce qui devait être leur havre de paix, le danger guette…Au cœur d’une sombre forêt du Morvan, tout près d’un lac aux eaux opaques, se dresse une maison en bois. C’est là que les Olsen s’installent, un jour de printemps. Le père, d’origine norvégienne, a imposé cet isolement à sa famille à la suite de la brutale agression subie à l’école par Rune, sa fille préférée qu’il a élevée comme un garçon.
Pour fuir ce monde hostile et violent, ils vivront désormais loin de tous, dans ces bois retirés. Leur Petite Norvège, comme il l’appelle, est une promesse d’autonomie et de sécurité. Mais certaines promesses sont des mensonges. Et, les filles Olsen vont bientôt le découvrir, la vie en vase clos peut aussi devenir le pire des pièges…
C’est fou ce que le temps est fourbe : Il semble terriblement long quand il s’agit de subir les tourments de la vie et autres aléas du quotidien… Mais défile à toute vitesse lorsqu’on entend profiter des petits et grands plaisirs qui illuminent notre existence ! La lecture en est un : Mais hier encore, nous étions en mars, je rencontrais Sonja Delzongle au salon PolarLens et me procurais alors son tout nouveau roman… J’ai seulement cligné des yeux (si, si, je vous assure !) et quatre mois se sont écoulés, sans que je n’aie pu lire autant que je ne l’escomptais… Fichtre, mais qu’est-il passé ?! Alors ne perdons plus un instant, je vous prie, et rejoignons ensemble la Petite Norvège pour comprendre ce qu’écouter chanter les étoiles signifie…
Sans trop en dire au risque de divulgâcher, Sonja Delzongle nous offre bien plus qu’un roman au profit d’une véritable fresque littéraire à la dimension romanesque hallucinante. Lorsque Frode Olsen décide, sans concertation préalable, que sa famille doit quitter Lille pour s’installer au fin fond d’une forêt dans le Morvan suite à l’agression à l’école de Rune, sa fille cadette qu’il a élevée comme un garçon, celui-ci ne fait pas les choses à moitié et construit un chalet aussi autonome qu’isolé, bien à l’écart de la société afin d’en éviter les maux pour l’éternité… Sur le papier, c’est heureux mais dans la pratique, c’est dangereux…
Dans un décor époustouflant de présence et de prestance, au-delà même du personnage à part entière, l’autrice nous entraîne dans un huis clos à ciel ouvert dont elle a pensé chaque élément, soigné chaque détail… Et au cœur duquel le péril se révèle bien plus proche qu’il n’y paraît. S’emparant des mécanismes d’emprise et de radicalisation dans un contexte bien différent de ce qui nous est habituel, Sonja Delzongle nous montre et démontre que le paradis peut rapidement se transformer en enfer, qu’un doux cocon peut sournoisement cacher un redoutable piège, qu’un véritable refuge peut insidieusement devenir une sinistre prison… Plus encore et de façon aussi subtile qu’indéniable, elle nous montre et démontre qu’on peut à la fois être protecteur et oppresseur, sauveur et agresseur si l’on ne prend pas garde à rester sensé.
Car au-delà de ses personnages dont elle a finement étoffé la psychologie, remarquablement croqué la personnalité, Sonja Delzongle nous cerne d’une atmosphère immédiatement pesante et malaisante… L’ambiance devient hostile, le climat glaçant, la tension constante… Et c’est ainsi que le traquenard se referme sur un lecteur fasciné par cette intrigue plus dense et complexe qu’on ne pourrait le penser. De sa plume fluide, élégante et envoûtante, l’autrice en profite pour aborder des thématiques terriblement actuels tout en conservant une dimension tristement intemporelle sans oublier d’y glisser l’enquête d’une vie… Pour un juste équilibre entre polar, roman noir et thriller psychologique.
En bref, c’est une belle performance littéraire que Sonja Delzongle nous livre avec ce titre… Dont je vous laisse découvrir toute l’étendue si vous ne l’avez pas encore lu !