Chroniques 2026 \ Les Diables de Beausanges de Victor Guilbert

Le Maître du polar singulier a encore frappé : “Les Diables de Beausanges” de Victor Guilbert, paru le 08 avril 2026 aux éditions Flammarion.

Le pitch : “Allongée entre les branches, à quatre mètres du sol, les bras en croix, le visage tourné vers le ciel, Ashley d’Ambricourt ne profite pas des étoiles. Voilà près de trois semaines qu’il n’y en a plus, que Beausanges a disparu sous les nuages, que la ville subit une chaleur sans soleil, une humidité sans pluie, une invasion de grenouilles tombées de ce ciel noir et mauvais. Et même si les nuages s’étaient écartés pour laisser entrevoir la voûte céleste constellée de ses jolis points dorés, Ashley d’Ambricourt n’en aurait pas profité davantage parce qu’un sac en plastique lui recouvre la tête et qu’elle est morte depuis plusieurs jours.”

Voilà un moment que j’attendais le retour romanesque de Victor Guilbert. J’ai bien évidemment dévoré (et adoré) “La Trahison de Sunset Park” l’an dernier, cependant il s’agissait d’un livre différent, tiré d’une histoire vraie. Moi c’est la plume ayant donné naissance à Hugo Boloren que je souhaitais retrouver. Et ce jour est en fin arrivé, accompagné d’une nouvelle galerie de personnages plus ou moins (plus que moins) perchés dans une ambiance de fin du monde de toute beauté : Ne me reste plus qu’à vous en parler !

C’est à Shanghai que l’aventure démarre. Nous y faisons la connaissance de Serge Vaxelaire, lequel apprend peu ou prou dans le même temps qu’il est viré, cocu et surnommé “Diao Si” (non, je ne traduirai pas, à vous de découvrir ce que ça veut dire ! ^^). Mais dans l’esprit de ce français moyen aussi fade qu’insignifiant frétillent une imagination débordante doublée d’une inspiration certaine pour commettre le crime parfait. Quelques années plus tard, tandis qu’il mène une vie paisible et plate à Beausanges, petite bourgade en plein déclin et nouvelle terre d’accueil des ouaouarons (non, je ne vous dirai pas ce que c’est non plus ! ^^), le crime parfait refait surface à travers un autre…
Et nous voici embarqués au cœur d’une enquête pour le moins originale, aux côtés de personnages diablement atypiques ! De sa plume inimitable et unique, reconnaissable entre toutes, Victor Guilbert nous offre une intrigue aussi sombre que l’humour qui l’anime, à froid, empreint d’impertinence et d’ironie, voire même d’un soupçon de cynisme… Pour mieux faire passer quelques messages et nous permettre de les retenir, durablement. N’en déplaise aux climatosceptiques (notamment). A l’image du bulletin météo de Beausanges, l’ambiance se révèle aussitôt moite et étouffante, pesante et oppressante… Malsaine… Tout comme le sont finalement ses habitants : Car sous couvert de l’image respectable et irréprochable qu’ils essaient de renvoyer à la face du monde, ces chers concitoyens ne le sont pas tant… Dès lors, le vernis se craquelle sitôt qu’on le gratouille un tantinet et, au fil des investigations, les secrets finissent par tomber et les vérités par éclater.
Mais si le récit s’avère aussi brillamment mené, c’est justement parce qu’il est porté par des protagonistes qui détonnent autant qu’ils déconnent, fort bien nuancés, à la psychologie finement étoffée. Chacun a ses failles, ses fautes, son petit lot de péchés, ses maigres qualités et ses jolis défauts… D’ailleurs je ne sais pas si c’était l’ambition de l’auteur ou s’il s’agit simplement d’une vue de mon esprit survolté, mais j’ai beaucoup aimé le parallèle qu’on peut établir entre cette ville en totale décrépitude et l’état de santé de deux de nos personnages… Et les décisions ou réactions qui en découlent en conséquence. C’est prenant de bout en bout, on accompagne Simon et Garfunkel (non, je ne vous dirai pas qui c’est, encore une fois ! ^^) dans leurs curieuses pérégrinations et on enchaine les chapitres sans discontinuer ni se préoccuper de la température ambiante.

En bref, j’ai beaucoup aimé cette étonnante enquête menée par Barthélémy Féroce et signée Victor Guilbert… En attendant de pouvoir trinquer avec ce dernier avec une Chérubinouze, je vous laisse quelques savoureues citations : A la vôtre !

“Comme quoi, on peut être à la fois assassin et honnête.”

“Il aime les silences. Cette communion parfaite entre l’espace et le temps, la seule parenthèse où le monde cesse de vous emmerder.”

“L’enfant est un espoir qui devient un adulte décevant.”

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