Chroniques 2026 \ Cavillore de Jérémie Claes

Un roman noir majestueux, d’une chatoyante intensité : “Cavillore” de Jérémie Claes, paru le 19 février 2026 aux éditions Héloïse d’Ormesson.

Le pitch : De retour au village de Gourdon, Nico est renvoyé à son passé et aux meurtres non élucidés qui ont secoué le village trente ans plus tôt. Le prédateur qui sévissait à l’époque court toujours. La menace sourde plane encore. Personnage à part entière, la nature provençale colore cette intrigue de ses ombres et lumières.
Quelle est cette créature qui a déposé à l’aube le cadavre d’une jeune inconnue devant l’auberge de Gourdon ? Que veut-elle exposer ? Nul ne croit vraiment à la thèse de l’accident, et dans le village à la tranquillité bousculée, les langues médisantes accusent les Camillieri, une famille de marginaux récemment installée sur les hauteurs. La rumeur enfle et détourne l’attention des ombres menaçantes qui rôdent. Déterminée à protéger les siens, la mère Camillieri se lance à leur poursuite. Mais le silence s’installe, dense comme la roche qui les cerne, et scelle les lèvres des coupables. Patience… La vérité attend son heure.

Jérémie Claes fait partie de ces nouveaux auteurs dont j’admire la plume et le talent, l’humanité et la générosité, que je suis particulièrement fière et heureuse d’avoir découvert au hasard de mes pérégrinations littéraires. Je l’ai rencontré voilà deux ans à Saint-Raphaël et, si je ne loupe désormais aucune de ses sorties en librairie, j’ai préféré attendre de le retrouver à Lens pour me procurer son troisième titre dédicacé… Seulement c’était en mars dernier ! Je l’ai lu en juillet, la rentrée est passée et septembre est déjà sur le point de s’achever : Non, décidément, je n’ai que trop traîné pour vous en parler !

Réalisant la prouesse de parvenir à se renouveler à chaque ouvrage, sans jamais se renier ni s’oublier, Jérémie Claes nous ramène à Gourdon aux côtés des Camillieri, facilement pointés du doigts comme les responsables du Mal qui rôde pour être coupables d’être les derniers arrivés sur les flans de Cavillore, qui sait tout mais garde tout, préférant laisser aux humains le soin de se débrouiller avec leurs silences, leurs rancœurs, leurs mensonges et leurs secrets.
Deux temporalités, trente ans d’écart et Nico pour les relier. “Inspiration de cet été 1993, expiration du mois d’août 2024”. Là, nichés au cœur de cette nature tout à la fois hostile et magique, sauvage et magnifique, véritable personnage à part entière qui nous fascine, l’auteur remonte le temps et prend son temps pour nous immerger dans ce huis clos des grands espaces où les autres protagonistes, tous finement dessinés, nous marquent durablement par leur curieuse façon d’appréhender les sinistres évènements qui viennent bousculer leur quotidien, pas forcément merveilleux, mais trop bien orchestré pour prétendre être modifié. Alors on accuse, on juge, oui mais, officiellement, on se tait. Et c’est ainsi que le piège se referme, autant sur nous que sur eux, que la tension grimpe et gronde avant d’exploser pour déverser tout sa vérité dans un tumulte aussi violent qu’un orage en plein canicule.
Ainsi l’auteur nous happe et nous captive… Tout en nous imposant son tempo, sa latence, sa langueur : Ce n’est pas un récit qui s’avale et se dévore, mais plutôt une histoire qui se déguste et se savoure, dans la droite lignée des écrits de Franck Bouysse ou Laurent Mauvignier. Porté par une écriture tout à la fois vive et poétique, efficace et lyrique, parfois teinté d’humour et d’un zeste de mysticisme, c’est une lecture qui envoûte et enivre, dans laquelle on découvre un auteur différent tout en restant unique.

En bref, je ne vous ai finalement par vraiment raconté ce livre… Et c’est tant mieux : Parce que c’est à vous de gravir (et reconquérir) Cavillore, de vous rendre à Gourdon, de faire connaissance avec Ariane et Luigi, Lucie et Jonas, Claude et Justin, Rémi et Jean-Baptiste, Raphaël et Nico. Bon séjour (ou pas)!

Laisser un commentaire