Un polar bigrement immersif et profondément humain : “Fils de personne” de Jean-François Pasques, paru le 09 novembre 2022 aux éditions Fayard.
Le pitch : Un numéro de téléphone, un exemplaire de La Peau de chagrin et un briquet de la Légion étrangère. C’est tout ce qui est retrouvé sur le cadavre d’un homme abandonné dans un bassin du jardin des Tuileries. Alors qu’il piétine déjà dans une enquête sur la disparition de trois jeunes femmes, le commandant Julien Delestran est chargé de l’affaire. Le numéro de téléphone est sa première piste : c’est celui du CNAOP, l’organisme permettant aux enfants nés « sous X » de retrouver leurs parents biologiques. Mais tandis que le commandant essaie d’avancer sur cette nouvelle enquête, la précédente se rappelle à lui quand sa hiérarchie lui adjoint l’aide d’une psychologue. Tout d’abord sceptique face à cette « ingérence », Delestran est bien obligé de reconnaître que Claire Ribot sait mettre au jour la vérité aussi bien que le plus fin des limiers. Et qu’elle ne sera pas de trop pour sonder, avec son groupe, les tréfonds de l’âme humaine…
Souvenez-vous : Je vous racontai la semaine dernière le bonheur que j’ai eu d’animer les tables rondes du salon de la Cigogne Noire à Moult-Chicheboville, en compagnie de nombreux auteurs parmi lesquels le parrain du salon, j’ai nommé Jean-François Pasques… Bonheur doublé toutefois d’une certaine frustration, en constatant vous avoir trop peu parlé de cet auteur aussi talentueux qu’adorable, et ce alors même que j’ai fait sa connaissance fin 2022, tout jeune primé qu’il était du Quai des Orfèvres avec “Fils de personne“… Aussi ai-je décidé de passer en revue l’intégralité de ses polars et, après vous avoir présenté son dernier, j’ai justement choisi de revenir sur ce roman lauréat, avec lequel j’ai découvert sa plume…
Policier de profession, Jean-François Pasques ne manque pas de mettre à profit son expérience du terrain pour nous offrir un polar captivant d’un réalisme à toute épreuve. A l’instar de la psychologue Claire Ribot, on intègre la PJ, et plus particulièrement le groupe du Commandant Julien Delestran, qui croule déjà sous le boulot avec notamment la disparition inquiétante de trois jeunes femmes, mais se retrouve avec une nouvelle affaire à résoudre, puisqu’un corps a été retrouvé dans un bassin du Jardin des Tuileries. Son identité comme la cause du décès restent à établir… Et c’est ainsi qu’on commence à investiguer, remontant le fil du passé tout en explorant les méandres de la nature humaine.
Entre action et introspection, sans exagération mais toujours sous tension, l’auteur nous entraîne avec lui au cœur d’une intrigue plus complexe qu’il n’y paraît, pleine de suspense mais surtout à l’indéniable dimension psychologique. Qu’il soit victime ou mis en cause, témoin ou policier, Jean-François Pasques s’attarde sur chacun de ses protagonistes avec le même soin, le même intérêt pour nous dresser leur portrait, tout en subtilité et sensibilité, révélant ainsi toute l’humanité qui se dégage de lui, de son écriture et de son métier premier.
Mais si l’enquête s’avère aussi prenante et captivante, c’est aussi pour son authenticité, si les protagonistes s’avèrent aussi dignes d’intérêt, c’est aussi pour leur sincérité. Le tout est porté par une plume fluide, dynamique et soignée, un style efficace et nerveux, pour une lecture rythmée, sans temps mort ni fioriture, dans laquelle on plonge sans délai, dans laquelle on s’investit sans hésiter, aux côtés de personnages qu’il nous tarde de retrouver.
En bref, je vous invite à découvrir cet excellent polar si ce n’est pas encore fait ! Quant à moi j’ai encore beaucoup à vous dire sur le Commandant Julien Delestran (mais pas seulement) !