Bienvenue au cœur du 36 : “Memento Mori” de Y.C. Le Roy, paru le 22 septembre 2025 aux éditions Héraclès.
Le pitch : Le roman s’ouvre sur l’épilogue d’une fuite désespérée : un père a embarqué ses deux fils, tenu la mer jusqu’à Praia, puis connu les geôles capverdiennes et l’extradition. Devant la présidente du tribunal, il jure qu’il « continuera le combat », transformant sa défaite judiciaire en carburant de haine.
En contrepoint, Pavel Sikorsky, Siko pour les intimes, ex-képi blanc devenu flic à la Crim’, traverse un hiver de deuil et d’attaques sourdes, tenant debout grâce à l’esprit de corps et au sens de la mission qu’il s’est donné.
Quand tombe l’alerte, le groupe Costello fonce. À Montreuil, une jeune femme de vingt ans gît, égorgée sur son lit. De la scène de crime au labo, de l’autopsie aux premières auditions, la mécanique du 36 Quai des Orfèvres se déploie pour se refermer sur le coupable présumé.
Le premier épisode de la série noire de Y.C. Le Roy, More Majorum, racontait l’entrée de Siko au 36 et son apprentissage de flic après la Légion Étrangère. Memento Mori autopsie le cœur battant de cet homme et ses motivations profondes : la fraternité à l’épreuve, la justice contre la vengeance, et son entêtement à arriver, pour une fois, avant la grande faucheuse.
Polar noir d’un extrême réalisme, Memento Mori dépasse les codes du genre pour saisir le vif de l’action, toujours décisive, souvent fatale, à travers le prisme d’une narration intériorisée qui nous transporte dans l’intimité des questionnements de Siko sur son passé de légionnaire.
C’est dans le cadre du salon de “La Cigogne Noire” que j’ai découvert la plume de Yannick Charles Le Roy. Ancien commandant à la police judiciaire, il est également l’auteur de deux polars (bientôt trois), et l’évidence même voulait que je me plonge dans chacun de ses deux titres afin de mener à bien la rencontre littéraire à laquelle il participait. En modératrice aussi passionnée qu’investie, je me suis donc lancée à l’assaut de “More Majorum” dont je vous ai déjà parlé, avant de me pencher sur “Memento Mori” qu’il me reste à présent à chroniquer…
Après avoir fait connaissance avec Pavel Sikorski en assistant à ses premiers pas dans les couloirs du célèbre 36, nous retrouvons celui-ci une dizaine d’années plus tard, en plein désarroi dans un quotidien rempli d’absents. Mais, quand bien même sa vie personnelle ressemble désormais à un champ de ruines, la police ne connaît aucun répit et se voit sans cesse confier de nouveaux dossiers : Certains seront vite traités tandis que d’autres nécessiteront davantage d’investigations… Et c’est exactement ce que nous montre l’auteur à travers ce polar, tout à la fois plus sombre et lumineux que le précédent, mais toujours aussi saisissant et réaliste en diable.
Loin de se contenter d’une “simple” enquête, Y.C. Le Roy met son expérience du terrain au service de la fiction et nous offre bien plutôt une intégration pleine et entière au sein d’un service de police judiciaire en compagnie d’un personnage principal… Qui n’est qu’un homme. Aussi doit-il faire son boulot en dépit des épreuves qu’il affronte, des tourments qui le hantent. Et c’est justement en cela que ce roman s’avère plus sombre et lumineux que le précédent, parce qu’on y voit cet ancien légionnaire lutter, garder la tête hors de l’eau et rester debout grâce à ses valeurs et à ses équipiers. C’est d’autant plus prenant et touchant qu’on se sent comme un membre à part entière de cette équipe, c’est avec eux qu’on enquête, c’est avec eux qu’on enchaîne les scènes de crimes.
Mais si le réalisme de cette intrigue nous frappe autant, c’est aussi grâce à la structure judicieuse comme à la narration audacieuse adoptées par l’auteur, avec notamment des dialogues incomplets dont on comprend parfaitement le sens, tant nous sommes parties prenantes aux auditions, conversations et autres échanges, une plume unique, fluide et nerveuse, qui reflète remarquablement la tension qui nous anime, un style direct, vif et percutant pour une lecture plus authentique qu’un stage d’observation à la Crim’ que, jamais, on ne nous proposera.
En bref, avec “Memento Mori“, Y.C. Le Roy nous invite véritablement dans les coulisses de la police judiciaire et dans la psyché de ses enquêteurs : J’attends le troisième opus avec grand intérêt !