Un premier roman audacieux : “Albatros” de Thomas Rio, paru le 12 février 2026 à la Série Noire des éditions Gallimard.
Le pitch : Paris, 1930 : le général Koutiepov, chef des armées tsaristes en exil, est enlevé. Le commissaire Faux-Pas Bidet – un cinéphile maniaque – remonte la piste jusqu’aux studios de cinéma Albatros, fragilisés par l’arrivée du parlant… Dans ce monde où artistes et agents secrets multiplient les écrans de fumée, il met la main sur Shloïmè Tauber, un ingénieur du son dont il fait un espion à sa solde. Mais le jeune homme est vite tiraillé entre sa mission et sa fascination pour la fille d’un réalisateur, Masha, prête à tout pour sauver les studios. Un roman à l’arrière-plan historique, politique et social riche et aux rebondissements incessants.
Mes Bookinautes adorés, si je ne connaissais pas ce roman avant l’été, pas plus que son auteur d’ailleurs, le hasard a doublement fait en sorte que je me rattrape sans plus tarder : D’abord en le glissant parmi les invités des tables rondes que j’allais avoir la chance et le plaisir d’animer au salon de la Cigogne Noire à la rentrée… Mais aussi en m’offrant la possibilité de le rencontrer en amont en juillet, au Polartifice, festival littéraire organisé au Touquet. Dès lors munie d’un exemplaire dédicacé, il ne me restait plus qu’à le bouquiner… Puis à la chroniquer !
Entre roman d’espionnage et polar historique, l’auteur nous propose une enquête atypique dans un Paris des années 1930 remarquablement retranscrit. En effet, Thomas Rio part d’un fait tout à fait avéré pour laisser parler son imagination au gré d’une intrigue tout à la fois sombre et captivante, dense et immersive, remarquablement construite et rondement menée.
Mais plus encore qu’une simple aventure littéraire, Thomas Rio va bien au-delà, privilégie le décor et l’atmosphère tout en usant habilement de son travail de recherche et de sa passion pour le Septième art afin de nous offrir une véritable fresque à dimension géopolitique, mais aussi cinématographique, en faisant des studios Albatros presque un personnage à part entière, à travers lequel il rend un bel hommage au cinéma muet.
Si les protagonistes de ce récit sont assez nombreux, la plupart sont facilement et rapidement identifiables parce qu’ils se révèlent richement étoffés et assez hauts en couleurs. C’est notamment le cas du Commissaire Faux-Pas Bidet, figure ô combien romanesque, ayant pourtant bel et bien existé, mais également du jeune Shloïmé Tauber, juif et apatride, ingénieur du son et espion, amoureux et ambitieux. Bien que peut-être plus effacées, et pas forcément présentées sous leur meilleur jour, les personnages féminins ne sont pas en reste et s’avèrent, elles aussi, fort bien croquées.
L’idée est brillante, très justement exploitée, fort bien structurée, portée par une plume fluide et particulièrement visuelle, parfois même teintée d’une certaine poésie, rendant cette lecture enivrante, presque hypnotique… Comme un vieux film qu’on visionne dans un petit cinéma de quartier dont on ressort un peu étourdi, pas encore revenu dans la réalité.
En bref, ce n’est forcément le genre de roman dont je suis coutumière, mais je suis volontiers sortie de ma zone de confort pour vivre cette expérience fascinante !