Nuit d’ivresse : “Ma Gloire” de Florent Oiseau, paru le 15 janvier 2026 aux éditions Gallimard.
Le pitch : “C’est la nuit et le dehors qui m’ont fait ça, ils m’ont attrapé et ne m’ont pas rendu.” Alcoolique débonnaire, le narrateur a pour philosophie l’absence d’ambition. Fraîchement licencié, il vit de petits trafics, passe ses journées à arpenter le Paris populaire, du cimetière de Charonne à la porte de Bagnolet, et ses soirées dans les bars. Sa gloire, ce sont les deux femmes qu’il aime : son épouse, Almeria, et leur fille, l’espiègle Lune, dix ans. Mais elles s’inquiètent de ses excès, qui ressemblent à un lent suicide. Jusqu’au jour où il est choisi pour jouer une fée dans le spectacle de fin d’année de l’école : l’occasion de trouver, enfin, le rôle de sa vie ?… Hommage à la nuit, à l’ivresse et aux rencontres de hasard, Ma gloire interroge nos loyautés et la place que nous occupons dans le monde. De sa plume poétique et fantasque, Florent Oiseau poursuit son exploration fraternelle des gens de l’ombre, et signe un roman poignant sur les histoires que nous nous racontons tous pour survivre.
Florent Oiseau fait partie de ces poètes des temps modernes qui, de leur plume mordante et désabusée, parviennent à insuffler un peu de tendresse et de légèreté dans ce qui façonne notre triste monde. Ainsi s’intéresse-t-il au banal, à l’ordinaire, à l’invisible parce que quotidien. Ainsi met-il en lumière ce qu’on voit sans voir tous les matins, tous les soirs, parce qu’on s’y est simplement trop habitué : La vie. Pas celle des comptes TikTok et Instagram. La vraie. Celle des petits bobos et grands tracas qu’il explore à chaque roman, depuis “Je vais m’y mettre” jusqu’à “Ma Gloire” en passant “Les Magnolias” et “Tout ce qui manque“, voilà déjà presque trois ans…
Trois ans donc, et un changement d’éditeur plus tard, des éditions Allary à la maison Gallimard, Florent Oiseau n’a pas changé et se penche une nouvelle fois sur l’existence d’un anonyme : Licencié sans ambition, alcoolique par conviction, notre antihéros par excellence écume les bars dès le soleil et sa fille couchés, n’en déplaise à son épouse qu’il soupçonne d’adultère sans vraiment s’en émouvoir. Il vit d’un petit trafic pour participer aux frais du ménage mais surtout subvenir à sa consommation, il erre dans le XXème arrondissement de Paris, se pose au cimetière de Charonne, s’intéresse à la statue de “Magloire” et son intrigante épitaphe. Telle est sa routine autodestructrice dont il va pourtant devoir s’extraire pour participer au spectacle de fin d’année à la demande de sa fille. Il doit y interpréter une fée guérisseuse, le plus sobrement possible…
Sous couvert d’humour et de poésie, Florent Oiseau aborde des thématiques bien plus sérieuses qu’il n’y paraît, telles que l’alcoolisme ou la précarité, l’insertion sociale, la communication dans un couple ou la place du père au sein d’une famille. Sans en avoir l’air, il nous force à nous arrêter un instant sur ce Monsieur tout le monde qu’on aurait croisé sans un regard dans la rue, dont on partage ici les réflexions, son introspection, mais aussi son regard et ses interactions. C’est sans doute là toute la puissance émotionnelle du texte, parce qu’il y a Lune, parce qu’il y a Sékou. Et ça change tout. Parce que l’auteur inverse judicieusement les rôles de ces parents et enfants, et le résultat n’en est que plus poignant, plus touchant.
A travers ses mots, Florent Oiseau rend ainsi hommage à la nuit, à l’ivresse et à Paris (authentique et populaire, pas celui des Champs Elysées, vous l’aurez compris), se glissant peu ou prou dans le sillage de Baudelaire, selon qui “Il faut toujours être ivre, tout est là : c’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve. Mais de quoi ? De vin, de poésie ou de vertu à votre guise, mais enivrez-vous !” Et il le fait selon son style et à sa manière, au moyen d’une écriture unique et reconnaissable entre toutes, pleine de sensibilité et de finesse, teintée d’une certaine mélancolie aussi, sublimant le commun comme personne jusqu’à un dénouement qui nous émeut après nous avoir fait trembler.
En bref, pour son retour en librairie, Florent Oiseau nous offre un court roman plus efficace qu’un petit remontant : je boirai donc un verre (sans alcool) à ta santé, l’ami !