On l’espérait… Ils l’ont fait : “Entre deux mondes“, la bande dessinée adaptée du roman éponyme d’Olivier Norek, Matz et Horne, paru ce 15 octobre 2026 aux éditions Michel Lafon.
Le pitch : Adam a découvert en France un endroit où l’on peut tuer sans conséquences.
L’adaptation en roman graphique d’Entre deux mondes, l’un des romans les plus chocs et engagés d’Olivier Norek.
Vous souvenez-vous, mes Bookinautes adorés ? Il y a neuf ans, quasiment jour pour jour, je galérais à chroniquer le roman “Entre deux mondes” d’Olivier Norek… Un véritable uppercut littéraire, absolument indispensable et essentiel, qu’il n’est plus nécessaire de présenter tant il a durablement marqué les esprits. Neuf ans ont donc passé depuis, j’ai grandi, j’ai mûri, j’ai vieilli… Mais ce titre, lui, n’a pas pris une ride, pour le meilleur comme pour le pire… Et de la même manière que son illustre aîné, cette adaptation en bande dessinée ne laissera personne indifférent ni indemne. Si vous me suivez depuis longtemps, vous connaissez mon amour inconditionnel pour les livres d’Olivier Norek, mon auteur Chouchou et maître du polar qui sait si bien disséquer la noirceur humaine tout en y insufflant une immense empathie. Alors quand j’ai appris que ce bouquin allait s’offrir une nouvelle vie en version BD, j’étais à la fois heureuse et stressée, curieuse et circonspecte : Olivier Norek et ses acolytes allaient-ils réussir cet audacieux pari ? Je n’en doutais pas, mais maintenant j’en ai la preuve, en un peu plus de 200 pages : Quelle réussite !
Je ne sais toujours pas chroniquer les romans graphiques ou bandes dessinées, aussi vais-je débuter par un bref résumé pour ceux qui aurait vécu sur une autre planète durant cette décennie. Tandis qu’Adam, policier syrien, prend tous les risques pour permettre à sa femme et sa fille de quitter le pays avant de les rejoindre, Bastien, policier français, s’installe avec sa femme et sa fille à Calais. Et c’est la Jungle et Kilani, jeune soudanais mutique, qui vont permettre à ces deux-là de se croiser…
A l’image du roman, nous voici plongés dans le vif du sujet dès les premières planches. Le scénario, élaboré par l’auteur et Matz, va droit au but et nous percute de plein fouet, ne nous laissant aucune chance d’en réchapper, sans pour autant tomber dans le pathos ni le voyeurisme, simplement refléter la réalité, la triste et sinistre réalité, celle qu’on préférerait ignorer. La force de cette bande dessinée est justement de nous faire ressentir l’urgence et la détresse, la peur et la misère mais aussi cette infime lueur d’espoir qui pousse ces hommes et ces femmes à avancer, malgré tout, parfois sans que le dessin n’ait besoin du moindre mot pour le traduire.
Car le travail graphique de Horne est tout simplement magistral, d’une puissance exceptionnelle et d’une émotion rare. Vous n’imaginez pas le nombre de fois où mon cœur s’est serré, où les larmes sont montées, rien qu’en me confrontant à ces “bulles”. Son trait réaliste et ses choix de couleurs selon les passages, traduisent parfaitement l’ambiance comme les sentiments de chaque personnage, que l’on soit hors ou dans la Jungle de Calais. Les visages, les regards sont d’une expressivité folle. Je n’oublierai jamais les larmes de Manon quand elle découvre le dos de Kilani… Pas plus que je n’oublierai les regards d’Adam et Kilani au fil des planches, des pages et des chapitres. Pas besoin d’une dissertation quand un tel coup de crayon parvient à tant exprimer, à tant nous terrasser. Mais quand les mots s’y mettent, ils ne font qu’enfoncer le clou tant ils sonnent effroyablement justes : “On vaut si peu ?” “Quand ce qu’il est juste de faire est illégal, ça veut bien dire que les lois ne sont pas bonnes, non ?”
Dans la même lignée que le roman dont le trio nous offre une remarquable transposition, forcément plus concise sans en gommer l’épaisseur émotionnelle et psychologique, reflétant parfaitement le dénuement et la résilience des réfugiés, l’épuisement et le dilemme des forces de l’ordre, le désarroi et l’impuissance des habitants et associations humanitaires, cette bande dessinée va bien au-delà de la simple lecture, au profit d’une œuvre sociale, humanitaire et humaniste, qui bouscule nos certitudes et réveille nos consciences. C’est un véritable électrochoc visuel et narratif, qui prend aux tripes et se grave à jamais dans notre âme.
En bref, est-ce vraiment utile que je le précise ? Après mon immense coup de cœur pour le roman, c’est un immense coup de cœur pour cette bande dessinée puissante, sombre mais profondément lumineuse par l’humanité qu’elle dégage… Je vais vous en laisser quelques extraits : Vous comprendrez… Avant de foncer chez votre libraire pour procurer cet ouvrage !