Chroniques 2026 \ Les Mutilées de Vincent Villa

Un éloquent cri du cœur et de colère : “Les Mutilées” de Vincent Villa, paru en autoédition le 26 mai 2026.

Le pitch : Léa, sept ans, appelle soudain sa mère au secours dans l’eau de son bain en lui avouant l’horreur qu’elle subit : son père, Maxence, lui « gratte la zézette ». Pour Émilie, séparée de cet homme qu’elle a fui avec sa fille, débute alors un cauchemar au long cours. Indifférent à la souffrance de Léa, le système cogne sur Émilie autant qu’il caresse Maxence, s’acharnant sur la protectrice pour mieux protéger le violeur. L’amour maternel, l’arme des plus poignants combats, même les plus désespérés, lui permettra-t-il de sauver l’être le plus cher à ses yeux ?

Si j’ai déjà eu l’occasion de plonger dans la bibliographie de Vincent Villa, je ne l’ai que trop peu lu jusqu’à présent… Fort heureusement, le salon de la Cigogne noire, organisé à Moult Chicheboville en septembre dernier, m’a permis de remédier à ce regret, m’offrant l’occasion de faire d’une table ronde deux lectures : En effet, l’auteur prolifique et inspiré a publié deux ouvrages cette année… Je ne pouvais décidément pas passer à côté pour préparer ma rencontre ! Je vous ai déjà présenté “Animal Lecter“, publié aux éditions Le Scriptorium… Me reste donc à vous faire découvrir “Les Mutilées“, paru en autoédition, que l’auteur m’a très gentiment offert en version papier : Un beau cadeau qui m’a beaucoup touchée et dont je lui suis foncièrement reconnaissante !

Comme mû par un besoin urgent de rétablir justice et vérité, l’auteur s’extirpe de sa zone de confort et délaisse ses redoutables thrillers pour nous proposer un roman noir plus social et audacieux, à la dimension humaine et psychologique indéniable, abordant avec éloquence le délicat sujet des mères désenfantées, autrement appelées “mères protectrices”, expression récente désignant ces mamans qui ont refusé de confier leur enfant à un père soupçonné de violences intrafamiliales, qu’elle soient physiques ou sexuelles.
C’est ainsi qu’on fait la connaissance d’Emilie, mère courage bientôt prise au piège d’une machine kafkaïenne pour protéger sa petite Léa. A travers son combat, qu’on mène avec elle, l’auteur met en lumière les rouages d’un système défaillant qui a une fâcheuse tendance à inverser les rôles de victime et de bourreau en invoquant le très controversé syndrome d’aliénation parentale, ignorant la détresse et la souffrance de l’enfant, contraignant la mère à l’inaction et au silence.
Car la vraie force de ce récit réside incontestablement dans le traitement psychologique des protagonistes, étoffés en substance et dotés d’un véritable supplément d’âme. L’écriture est fluide mais incisive, sans concession ni voyeurisme, pleine d’une insidieuse tension qui nous encercle d’emblée pour mieux nous oppresser au fil des pages et des chapitres. C’est une lecture sombre et éprouvante, qui bouscule profondément le lecteur, l’empêche de garder ses œillères et l’oblige à réfléchir à son tour sur la question. A bon entendeur…

En bref, c’est un roman différent mais tout aussi touchant et captivant que l’auteur nous offre ici, une lecture viscérale et percutante, face à laquelle on ne peut rester insensible.

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