Quand la presse se livre… JournaLivre Mars-Avril 2019

Vous l’attendiez ? Il est enfin prêt ! Voilà plusieurs semaines en effet que je vous fais patienter pour le nouvel article de cette petite rubrique que mon compagnon m’aide à alimenter… Vous n’êtes pas sans savoir que j’ai ainsi embrigadé quatre de mes plus proches lecteurs que sont ma meilleure amie Laura, mon compagnon Franck, ma Maman Roseline et ma chère collègue Françoise… Ces quatre fantastiques forment ainsi ma DreamBookTeam et mettent à ma disposition leurs lectures, mais aussi leurs diverses passions pour me permettre de vous parler bouquins de 1001 façons… Chacun d’entre eux alimente donc le Bouquinist Park outre leur propre rubrique : Pour Franck c’est en lien avec la presse littéraire et culturelle qu’il compulse avec beaucoup d’attention… Et parce qu’il ne manque décidément pas d’idées ni d’inspiration, il a cette fois-ci choisi de vous parler de James Baldwin !
 
Commençons par faire les présentations : Né le 02 août 1924 à Harlem où il a passé toute son enfance, James Arthur Baldwin a ensuite grandi à Greenwhich Village avant de passer la plus grande partie de son existence en France, à Paris où il a côtoyé Camus, Sartre ou encore Vian puis à Saint-Paul de Vence où il mourra le 1er décembre 1987, nous laissant une œuvre particulièrement protéiforme et prolifique dans laquelle on peut notamment trouver, outre de la poésie, du théâtre ou des nouvelles :
  • Des romans tels que “La Conversion” (Rivages), “La Chambre de Giovanni” (Rivages), “Un autre pays” (Gallimard), “L’homme qui meurt” (Gallimard), “Si Beale Street pouvait parler” (Stock) ou encore “Harlem Quartet” (Stock)

  • Des essais : “Chronique d’un pays natal” (Gallimard), “La prochaine fois, le feu” (Gallimard), “I am not your negro” (Robert Laffont, 2017).
 
D’ailleurs la revue America, dans son numéro Hiver 2019 consacré à la question raciale aux USA, a publié “Les usages du blues“, un texte inédit en français paru aux USA en 1964 dans la revue PlayBoy.
Mais outre le fait que les éditions Stock rééditent actuellement plusieurs de ses œuvres dans la collection “La Cosmopolite“, on parle énormément de James Baldwin pour deux films qui lui sont consacrés :
  • I am not your nego“, un film documentaire de Raoul Peck, qui a d’ailleurs donné naissance à un livre éponyme paru aux éditions 10/18, un ensemble de textes de Baldwin, rassemblés et édités par Raoul Peck, dressant un portrait de l’Amérique à travers le portrait de trois de ses amis, figures de la lutte pour les droits civiques des noirs américains, assassinés : Medgar Evers, Malcom X et Martin Luther King.
  • Si Beale Street pouvait parler” de Barry Jenkins, sorti cette année.
 

Dans son numéro de mars 2019, le magazine Transfuge revient également sur la vie et l’œuvre de Baldwin, ce chantre de la condition noire. Un écrivain controversé, sujet à polémique à l’époque pour ce qu’il était et représentait : Noir et homosexuel. On trouve dans ce même numéro quelques textes et interviews de ses contemporains tels que Normal Mailer, Marlon Brando, Truman Capote, Toni Morrison, Flannery O’Connor, Leonora Miano

Penseur de l’identité comme multiple, croisée, dont la seule permanence est le changement, la question de l’homosexualité est en outre très présente dans son œuvre, notamment dans “La Chambre de Giovanni” ou “Harlem Quartet“, écrit dans une langue pleine d’humanité, de beauté, de sensibilité, de crudité. C’est une grande figure du combat pour la reconnaissance des droits civiques des Noirs américains, mais aussi un acteur et une voix qui, par ses essais, romans, conférences, interviews et textes en tous genres, témoigne de l’oppression vécue dans les corps et les esprits, la violence subie par la communauté noire. Lui-même se définissait comme un “bâtard de l’Occident” par sa naissance, sa couleur et son orientation sexuelle.
 
 
James Baldwin est donc le grand écrivain de la question raciale et identitaire. Un écrivain qui affirmait “qu’il n’y a d’homme qu’universel” et qu’il faut lire et relire, pour réfléchir aussi sur la place de l’individu dans le monde contemporain.
 
Si nous arrivons à la fin de ce petit article, Franck tenait à conclure ce dernier en partageant avec vous deux extraits significatifs du livre “I am not your negro“… Deux extraits que je vous laisse à présent découvrir : Bonne lecture à tous !
 
The Dick Cavett Show – 1968 (Page 128)
“Dick Cavett : Monsieur Baldwin, je suis sûr qu’on vous pose encore cette question : “Pourquoi les Noirs… Pourquoi ne sont-ils pas optimistes ?” Les choses vont tellement mieux. Il y a des maires noirs, il y a des Noirs dans tous les sports. Il y a des Noirs en politique. Ils ont même l’immense honneur de figurer dans des pubs télévisées, maintenant. Je suis content que ça vous fasse sourire. Est-ce que la situation, tout en s’améliorant, reste sans espoir ?
James Baldwin : Bon, je ne crois pas qu’elle porte beaucoup d’espoir, vous savez, tant que les gens continuent à parler de cette façon bizarre. La question n’est pas de savoir ce qui se passe pour les Noirs ici, pour la population noire ici – c’est une question tout à fait brûlante pour moi, vous savez -, mais la vraie question, c’est ce qui va se passer pour ce pays. Je suis obligé de le répéter.”
 
Les noirs et la promesse américaine – 1963 (Pages 146/147)
“James Baldwin : Je ne peux pas être pessimiste parce que je suis vivant. Etre pessimiste signifie avoir accepté que la vie humaine ne soit qu’une affaire académique. Je suis donc obligé d’être optimiste. Je suis obligé de croire que nous pouvons survivre à ce qui met notre survie en jeu. Mais les Noirs dans ce pays… L’avenir des Noirs dans ce pays sera exactement aussi radieux et aussi sombre que celui du pays. C’est entièrement au peuple américain et à ses représentants, c’est entièrement au peuple américain qu’il revient de décider s’il va ou non regarder en face cet étranger qu’il calomnie depuis si longtemps, s’occuper de lui et l’embrasser.
Ce que les Blancs doivent faire, c’est essayer de trouver au fond d’eux-mêmes pourquoi, tout d’abord, il leur a été nécessaire d’avoir un “nègre”, parce que je ne suis pas un “nègre”. Je ne suis pas un nègre, je suis un homme. Mais si vous pensez que je suis un nègre, ça veut dire qu’il vous en faut un. La question que vous devez vous poser, que la population blanche de ce pays doit se poser, celle du Nord comme celle du Sud parce que c’est un seul et même pays et, pour le Noir, il n’y a pas de différence entre le Nord et le Sud – il y a juste une différence dans la façon dont on vous castre, mais le fait de la castration reste un fait américain… Si je ne suis pas un nègre, ici, et que vous l’avez inventé, si vous, les Blancs, l’avez inventé, alors vous devez trouver pourquoi. Et l’avenir du pays dépend de cela, de si oui ou non le pays est capable de se poser cette question.”
 

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