Chroniques 2026 \ La Fugue d’Aurélie Valognes

Coup de cœur pour cette brillante ode à soi : “La Fugue” d’Aurélie Valognes, paru le 12 mars 2025 aux éditions JC Lattès et dès aujourd’hui au Livre de Poche.

Le pitch : On a tous un jour eu envie de partir, de claquer la porte, de tout quitter.
Inès, mariée, deux enfants, arrivée à la moitié de sa vie, se sent arrivée nulle part. Elle porte, gère, s’oublie. Et on l’oublie. Emprisonnée dans une existence qui ne lui correspond plus, un jour, elle part.
Dans la solitude d’une nature sauvage, elle trouve un lieu à elle : une maison, où le temps semble s’être arrêté, et qu’elle décide de retaper. En pansant les cicatrices de la maison, Inès va commencer à soigner les siennes. Et si le meilleur chemin pour aller vers soi passait par les autres ?
Un hymne à la vie qui peut toujours recommencer. Le nouveau roman d’une écrivaine qui ne cesse de se réinventer pour mieux nous raconter.

C’est une chose étrange à la fin que la vie : Je me suis procurée ce roman au Printemps du Livre de Montaigu, déjà en proie à des difficultés personnelles, juste avant une véritable tempête émotionnelle provoquée par un ami qui n’en a jamais été un. Je m’étais promis de le lire rapidement… Et c’est finalement un an après, prise au piège et mise à terre par le même individu, que je me suis lancée dans sa lecture… Une lecture qui m’a complètement chamboulée tant elle a résonné en moi…

Tout à la fois féministe et féminin, ce roman, écrit par une femme pour les femmes, saura faire écho en chacune de nous. Parce qu’on s’y reconnaît, parce qu’on s’y retrouve, parce qu’on s’y réfugie. Parce que, d’une façon ou d’une autre, on saura immédiatement s’identifier à Inès et/ou à l’une de ses acolytes. C’est d’autant plus touchant, poignant, prenant et offre une véritable remise en question de notre propre situation.
Ainsi Inès s’est sauvée pour mieux se sauver. Ainsi Inès répare une maison pour mieux se réparer. Ainsi Inès raconte sa bibliothèque pour mieux nous raconter. Ainsi Inès nous ouvre la porte pour mieux recommencer. Ne plus se laisser faire. Ne plus supporter. Ne plus baisser les bras. Ne plus s’oublier. A nous de franchir ce pas à notre tour, comme d’autres ont eu le courage de le faire, chacune à leur manière, pour être libre, accéder au bonheur, profiter de la vie.
Mais au delà de cette maison des femmes du bout du monde – Aurélie Valognes rend aussi hommage à la Bretagne, au Finistère, à son bout du monde. Au cœur de cette nature sauvage, en proie à bien des tempêtes, le fait de ressentir la beauté du décor, la puissance des éléments, la majesté des paysages a quelque chose d’apaisant, de rassérénant, de réconfortant, de revigorant. Découvrir l’étendue des dégâts. Accepter. Faire place nette. Avancer. Recommencer.
Tout en conservant ses thèmes de prédilection, l’autrice se renouvelle et se réinvente à travers son propos. Elle aborde ainsi des thématiques difficiles, telles que les violences psychologiques, ou bien la maladie et le deuil, sans oublier l’impact de l’homme sur la planète… Sans jamais quitter la lumière ni abandonner tout espoir. Elle fait la part belle à l’art – à la littérature bien sûr, mais pas seulement -, tout comme à la notion de transmission. Elle rend hommage à la relation mère/fille et plus encore à l’amitié et la sororité.
Ainsi l’intrigue se fait bouleversante et sensible, pleine d’émotions et d’empathie, pleine de douceur et de résilience. Portée par une plume mature, fluide et authentique, servie par un style d’une douceur extrême et d’une sincérité sans faille, cette lecture m’a fait prendre conscience de tout ce qui m’a manqué pour ne pas flancher, tout en pansant mes plaies, telle un véritable baume au cœur.

En bref, je ne sais pas pourquoi j’ai patienté aussi longtemps pour me plonger dans ce roman… Mais sans doute le roman, le sait, lui, parce qu’il est vraiment arrivé au bon moment, à la bonne saison de mon existence… J’aimais déjà beaucoup l’écriture d’Aurélie Valognes, je l’aime bien plus encore aujourd’hui. 

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