Chroniques 2026 \ L’Inconnue du Quai de Javel de Philippe Jaenada

Une enquête littéraire magistrale menée par Maigret 2.0 : “L’Inconnue du Quai de Javel” de Philippe Jaenada, paru le 12 août 2026 aux éditions Flammarion.

Le pitch : Le 6 septembre 1949, une jeune femme est retrouvée morte quai de Javel, à Paris, sans sac ni chaussures, manifestement rhabillée à la hâte puis déposée là par son assassin. Elle est identifiée le lendemain : c’est Louise Cansot, le modèle le plus demandé par les peintres de Montparnasse. Rapidement, quatre suspects se détachent, évidents, presque des archétypes. On dirait le début d’un roman de Simenon, mais l’inspecteur-chef Ferrière n’a pas le talent de Maigret, et doit se résoudre à classer l’affaire au bout de six mois, sans avoir arrêté personne.
Soixante-quinze ans plus tard, Philippe Jaenada reprend l’enquête à partir du dossier retrouvé puis, comme à son habitude, sollicite ses contacts aux archives, exhume tous les documents, arpente tous les lieux – remonte le temps.
Pour ce livre, il a lu les soixante-quinze enquêtes de Maigret, s’inspirant humblement et fidèlement des méthodes du commissaire fictif. Et il va résoudre ce meurtre bien réel, laissant le lecteur subjugué par la dextérité de son investigation et fasciné par cette jeune femme à laquelle il redonne un visage et une histoire.

Vous souvenez-vous ? Il y a deux ans, j’avais la chance et le plaisir d’animer le grand entretien de Philippe Jaenada au salon du livre de Boulogne Billancourt. Déterminée à connaître au mieux mon sujet, je me plongeais dans la bibliographie de cet auteur fort impressionnant, et découvrais ainsi une plume unique, résolument captivante, de celles qui nous font l’effet d’une longue et passionnante conversation à la terrasse d’un café. Si “La désinvolture est une bien belle chose” était alors au centre de ma préparation, j’avais également bouquiné “Sulak” et “La petite femelle“, mais aussi “La Serpe” et “Au printemps des monstres“… Je me suis tant régalée de ces lectures, tout à la fois prenantes, émouvantes et fascinantes, que “L’Inconnue du Quai de Javel” s’est ajouté à cette longue liste peu de temps après sa sortie… Et c’est à présent l’heure de la chronique !

Sans surprise, le talent de conteur de Philippe Jaenada a rapidement fait son effet. A travers cet ouvrage, ce grand adepte du Commissaire Maigret, dont il a d’ailleurs lu toutes les enquêtes, remonte le temps pour s’intéresser à une affaire non résolue de 1949, concernant le meurtre d’une jeune femme. Pas si inconnue que cela de prime abord, puisqu’elle est facilement identifiée… Sauf que le dossier s’est vu rapidement classé par l’inspecteur-chef Ferrière, ne laissant derrière lui qu’un portrait peu flatteur de la victime.
Mais Philippe Jaenada n’aime pas l’injustice. Aussi s’est-il lancé dans une impressionnante reconstitution de l’époque comme des faits afin de rendre à ce destin brisé son histoire, son honneur et sa vérité, nous offrant dès lors une œuvre particulièrement touchante et pleine d’humanité, relativement sombre mais allégé par les très nombreuses digressions et autres anecdotes de l’auteur, qui maîtrise l’art de l’autodérision à la perfection.
Et voilà comment un véritable pavé s’engloutit sans voir le temps passer : Parce qu’il est porté par une plume fluide, vibrante et distrayante, un style dynamique fort attrayant. Philippe Jaenada a donc repris chaque élément pour coller au plus près de la réalité, nous apportant sa version des faits à l’épreuve de son incroyable travail de recherche et de documentation, nous livrant une vraie réflexion sur les violences et ignominies faites aux femmes par la même occasion. C’est à la fois touchant et palpitant.

En bref, le temps d’un superbe roman, Philippe Jaenada a redonné voix et vie à Louise Cansot, réparant l’injustice tout en rendant un bel hommage à Maigret : Merci pour ce grand moment de lecture !

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