Un premier polar d’une enrichissante authenticité : “Mortelle canicule” de Jean-François Pasques, paru le 05 juillet 2019 aux éditions Lajouanie.
Le pitch : Été 2003. La canicule fait rage dans Paris. Des températures supérieures à 40 °C sont atteintes. La surmortalité explose, on réquisitionne un hangar réfrigéré à Rungis afin d’y entreposer les dépouilles. Plus de quinze mille décès seront attribués à cette vague de chaleur. Le commandant Delestran est chargé d’accueillir la fraîchement diplômée Victoire Beaumont. Il emmène la jeune lieutenant à l’Institut médico-légal de Paris, où les légistes sont littéralement débordés par la situation sanitaire. Là, alors qu’un médecin entrouvre un sac à corps, l’officier renifle une odeur caractéristique. Il en est certain : la jeune femme dont le corps sans vie vient d’arriver à la morgue n’est pas morte d’un coup de chaleur.
Parce qu’il me tient à cœur de vous faire découvrir ce formidable auteur dont je ne vous ai que trop peu parlé jusqu’à présent, je continue sur ma lancée, initiée grâce au salon de la Cigogne Noire, organisé en septembre dernier à Moult Chicheboville, et poursuis la mise en lumière de chacun des ouvrages que j’ai eu l’immense plaisir de lire. Ainsi, après avoir commencé par la fin “Pour 100 millions d’euros” puis vous avoir présenté “Le Fils de personne“, lauréat du Prix du Quai des Orfèvres (qui m’a permis de le découvrir), pour ensuite croiser “L’avocat du diable“, je reviens aux origines avec cette “Mortelle canicule” dont il nous faut absolument parler !
S’il s’agit de ma troisième lecture de l’auteur, c’est en vérité la première enquête du Commandant Julien Delestran. Bien que cela ne m’a aucunement gêné mes investigations littéraires, je vous invite à les bouquiner dans l’ordre de publication si vous en avez l’opportunité, tant il est satisfaisant d’assister à la rencontre de nos protagonistes… Et c’est peut-être bien pour cela que vous tenez sans doute là mon livre préféré de ce Poli/Romancier !
Août 2003, le Commandant Delestran accueille une nouvelle recrue dans son groupe en la personne de Victoire Beaumont… Et nous, par la même occasion ! A travers ce roman, l’auteur nous place en effet dans la même situation que la jeune femme, nous permettant ainsi de découvrir le quotidien d’une équipe au sein de la police judiciaire aux côtés d’un flic expérimenté, de manière si immersive qu’on s’y croirait. On pénètre dans les locaux, on prend possession de son bureau, on se munit du matériel nécessaire, on fait connaissance avec les collègues, on fait nécessairement un passage par l’IML… Et on repère une odeur suspecte, conduisant à remettre en cause l’une des nombreuses morts peut-être trop facilement attribuée à la canicule qui exacerbe les tensions et rend les conditions de travail encore plus difficiles…
Si l’auteur ne nous propose rien de spectaculaire, il nous offre quelque chose de bien plus vivant, vibrant et précieux : Du réalisme, de l’authenticité, de la sincérité. Parce qu’il n’est pas forcément utile de courir dans tous les sens pour mener l’enquête, il faut récolter tous les indices, relever toutes les preuves… Et tenir compte de la dimension psychologique pour confondre le coupable, connaître la raison de son geste, le motif du passage à l’acte (à défaut de le comprendre)… Autant d’éléments que l’auteur prend le temps comme le soin de mettre en avant, ce qui rend ce récit profondément humain, et plus encore lorsqu’on se glisse dans les pas Pierre Morland pour suivre son propre chemin (de croix)… Une humanité pleine et entière, avec ses failles, ses erreurs, ses doutes et ses faiblesses. Ajoutez à cela une plume particulièrement fluide, dynamique et agréable et vous comprendrez sûrement pourquoi je suis tant attachée à ce bouquin…
En bref, mon intime conviction me laisse à penser que, parmi sa bibliographie, c’est probablement le polar qui ressemble le plus à son auteur : A la fois simple et complexe, sombre et lumineux, franc et vrai… C’est Con mais C’est Comme Ca.