Du roman au théâtre puis du théâtre à l’écran : “La maman du bourreau“, un téléfilm réalisé par Gabriel Aghion, d’après un scénario de Gabriel Aghion et Stéphanie Kalfon, librement adapté du roman “Je suis la maman du bourreau” de David Lelait-Helo, diffusé sur France 2 le 12 février 2026.
Le pitch : Du haut de ses 80 ans, Gabrielle de Miremont, grande bourgeoise catholique, semble inatteignable. Jusqu’à ce matin-là, où un gendarme vient lui annoncer la mort de son fils tant aimé le père Pierre-Marie. Le monde s’écroule. Cet effondrement pourtant, prend racine un mois plus tôt, à la suite d’un article paru dans la presse révélant une affaire de pédophile dans la région…
Il est des ouvrages dont la découverte se révèle une bien étrange aventure… C’est incontestablement le cas pour “Je suis la maman du bourreau“, un livre poignant de David Lelait-Helo, initialement paru aux éditions Héloïse d’Ormesson et désormais disponible chez Pocket. Connaissant déjà bien l’auteur, je ne m’attendais pas à le retrouver un jour aux Quais du Polar… Mais c’est pourtant bien au Palais de la Bourse à Lyon que je me suis procurée ce roman, noir a priori, griffé d’une petite dédicace, pour une bouleversante lecture qui m’a terrassée à l’été. Depuis, ce titre n’a cessé de m’émouvoir autant que me surprendre : D’abord par son adaptation théâtrale, magistralement interprétée par la brillante Clémentine Célarié… Et puis à la télévision cette année. Et si je n’ai pas saisi l’occasion de vous parler de la première, il me faut absolument vous présenter la seconde sans plus tarder !
Le téléfilm est court, simple, sobre. Mais en faire davantage n’était pas nécessaire, bien au contraire. S’il s’agit effectivement d’une adaptation assez libre et que les scénaristes auraient éventuellement pu pousser le curseur un peu plus loin quant à la dissimulation, durant un temps, de ces odieux crimes par l’Eglise, il n’en demeure pas moins que cette transposition à l’écran reste fidèle à l’esprit du livre, à son message et à la tragique beauté de son personnage principal. Une fois n’est pas coutume, David Lelait-Helo s’est plus intéressé à “La Maman du Bourreau” qu’au bourreau lui-même. Et force est de constater que Marie-Christine Barrault n’a rien à envier à Clémentine Célarié. L’actrice incarne son rôle avec une telle puissance et une telle justesse qu’elle en est bouleversante. Tout en en elle respire la sincérité, de son aveuglement initial jusqu’à sa douloureuse lucidité une fois la vérité su, comprise, admise, la honte présente et assumée. On ressent toute sa détresse tandis que le vernis de son fils parfait s’écaille et qu’elle se heurte à l’effroyable réalité des actes commis par un homme refusant d’admettre sa répugnante déviance. On comprend qu’elle veut autant venir en aide aux victimes qu’à son fils dont elle recherche l’aveu, le soin, la rédemption. Ce n’est plus Marie-Christine Barrault mais bien Gabrielle de Miremont qu’on voit à l’écran, à travers son interprétation si authentique, si émouvante, si éprouvante. Les autres comédiens ne sont pas en reste et nous soufflent également dans leurs rôles respectifs, que ce soit la victime ou le bourreau. Il est rare de voir un tel sujet abordé à la télévision, et plus encore sur une chaine du service public, c’est ici fait avec beaucoup de respect à travers un travail de réalisation tout à fait remarquable.
En bref, David Lelait-Helo n’a décidément pas à rougir des adaptations auxquelles a donné naissance son roman “Je suis la Maman du Bourreau” pour en faire des oeuvres à part entière, tout à la fois sublimes et tragiques. Je ne sais pas s’il est prévu que Clémentine Célarié remonte sur les planches pour reprendre ce rôle si sensible et touchant… Mais le cas échéant, je ne manquerai pas, cette fois, de vous en parler !