Un témoignage douloureux mais nécessaire : “Votre fumée montera vers le ciel” de Joseph Bialot, initialement paru le 01 décembre 2011 aux éditions de l’Archipel et disponible aux éditions Pocket depuis le 10 novembre 2016.
Le pitch : Joseph Bialot est l’un des rares Français à avoir vécu la libération d’Auschwitz. Entre le 18 janvier 1945, début de l’évacuation du camp et des marches de la mort, et le 27 janvier, date de l’arrivée des Soviétiques, la vie – ou la mort – de milliers de déportés s’est jouée en Haute-Silésie. Entre le départ des SS et l’arrivée des libérateurs, les prisonniers de l’enceinte concentrationnaire ont vécu un purgatoire indéfinissable, jamais oublié et qui permet à l’auteur de raconter “sa” déportation, copie conforme de celle de millions d’autres hommes et femmes, depuis le jour de 1944 où, à vingt ans, courant sous la menace d’une rafale de mitrailleuse, il a “cessé de faire partie du monde normal” pour revêtir une nouvelle peau : celle du déporté… Après “soixante-cinq ans de fausse résurrection”, Joseph Bialot évoque les six mois qu’il a passé à Auschwitz, mais aussi le réapprentissage de la vie, d’abord à Cracovie puis à Paris et, dans un long avant-propos, la “prolifération d’autres feux” depuis le jour de 1945 où les crématoires se sont éteints…
Si cette lecture ne m’est pas habituelle, c’est parce qu’elle m’a été prêtée par un ami policier. Nous discutions alors sur de livres historiques, lui préférant les essais, moi préférant les romans et, fidèles à nos bonnes habitudes, nous nous sommes suggérés quelques titres : Je lui ai conseillé de découvrir “Les derniers sur la liste” de Grégory Cingal, il m’a proposé cet ouvrage… Et tous ses polars, publiés à la Série Noire des éditions Gallimard, mais ce sera pour une autre fois : Attardons-nous d’abord sur celui-ci…
Figurant parmi les rares survivants français du camp d’Auschwitz, Joseph Bialot nous raconte l’enfer qu’il a vécu depuis son arrestation en juillet 1944 jusqu’à l’arrivée des Soviétiques le 27 janvier 1945… Mais pas seulement. En effet, il narre également son retour à la vie “ordinaire”… Mais est-il seulement possible de reprendre une vie “normale” quand on a vécu l’horreur ? Etre libéré signifie-t-il vraiment être libre ? A l’évidence, tout n’est pas si simple, et c’est en cela que le récit de Joseph Bialot se révèle aussi bouleversant.
Sans mièvrerie ni fioriture, Joseph Bialot nous offre un témoignage d’une effroyable justesse, tout à la fois fort et puissant, rude et éprouvant, cynique et sauvage. Il ne cache rien, n’amplifie rien non plus… Il se livre tout entier sur son parcours, sa peur, sa douleur, se confie sur l’humanité qu’on a voulu lui voler, lui nier, à lui et ses compagnons d’infortune, à cette envie de tourner la page pour passer à autre chose, sans toutefois réussir tandis que les autres y parviennent un peu trop facilement, parce qu’ils n’ont décidément pas conscience de l’atroce réalité.
Alternant ainsi entre son retour à la vie civile et ses souvenirs du camp, l’auteur n’épargne rien ni personne à travers ce bouquin si touchant, si prenant, si révoltant… Plus indispensable que jamais à l’heure où l’obscurantisme semble gagner du terrain : Parce qu’il ne faut pas oublier, jamais.
En bref, c’est au nom de la mémoire que je suis sortie de ma zone de confort… A vous d’en faire autant pour que le passé appartienne à jamais au passé…