“Fais confiance au chaos doux” : “Le café des rêves” de Gavin’s Clemente Ruiz, paru le 07 mai 2026 aux éditions XO.
Le pitch : Après un burn-out à Berlin, Inès, trentenaire à la vie jusque-là très “connectée”, trouve refuge dans le sud de l’Espagne, chez sa grand-mère, Pilar, qu’elle n`a pas vue… Depuis trop longtemps.
Dans ce coin de paradis chauffé par le soleil, le “café sans nom” – mais à l’âme si présente – bat au rythme des confidences et des rêves qui s’y croisent.
Autour des tables, Inès fait la connaissance de Luz, la voisine au food truck poétique, de Ruben, le patron aux doux silences, de Julia, la coiffeuse au cœur cabossé, et d’Alberto, ancien instituteur aux secrets bien gardés. Sans oublier le cercle des sorcières bien-aimées animé par Pilar – vieilles dames aussi fantasques que redoutablement lucides.
Entre tortillas bien grasses, olives pimentées, cartes postales pleines de vérités et rires qui font du bien, Inès découvre alors que, loin des ambitions et des illusions, il existe mille façons de vivre, d’aimer… Et de rêver sous les figuiers.
D’où vient cet étrange sentiment que je n’ai pas lu un ouvrage de Gavin’s Clemente Ruiz depuis une éternité ? Peut-être du simple fait qu’il n’a rien publié depuis trois ans et “Les jours heureux ne s’oublient pas“… Surtout pour l’évidente raison que ses romans me font toujours un bien fou, une absolue vérité qui se démontre encore cette année… Une absolue vérité dont j’aurais déjà dû vous parler ! Parce que ce joli titre, j’ai eu la chance de le bouquiner avant sa sortie en librairie, grâce à l’auteur et sa maison d’édition qui me l’ont très gentiment envoyé : j’en profite d’ailleurs pour les en remercier… Seulement, plus le coup de cœur est grand, plus il me faut du temps pour trouver les mots afin de l’exprimer… En tout cas pour essayer… Et aujourd’hui, à défaut d’y arriver, j’essaie parce que le temps s’y prête : “Il fait un soleil à décourager les idées noires.”
“Un philosophe déguisé en boss des capuccinos. Une ingénieure recyclée en rêveuse illustratrice. On dirait le début d’un roman improbable.” Et c’est ainsi qu’on fait la rencontre d’Inès, une ingénieure trentenaire, expatriée à Berlin pour sa carrière mais qui vient de se faire virer par EVA, l’IA qu’elle a elle-même créée. Ajoutons à cela qu’elle vient également de se faire larguer, et les planètes sont alignées pour la convaincre de mettre les voiles jusqu’en Espagne et trouver refuge chez son Abuela Pilar, dans un petit village niché au fin fond de l’Andalousie, pour mieux se reposer, se ressourcer, se rebooster… Se retrouver.
Car en revenant à l’essentiel, son quotidien se transforme en un éclair et passe du gris, froid et solitaire à la couleur, chaude et solidaire. Entouré par l’ensemble du village dont les habitants se révèlent tous plus attachants les uns que les autres, Inès se recentre, se concentre et s’offre une petite introspection… Et nous avec elle : Quand le chemin qu’on a toujours voulu emprunter n’apporte finalement pas le voyage escompté, le mieux n’est-il pas simplement d’en changer, même si l’on n’a pas forcément de carte pour s’orienter ?
Vous l’aurez sans doute déjà deviné, j’ai tout adoré de ce roman “Pas parce qu’il est parfait. Parce qu’il tombe au bon moment. Parce qu’il ouvre quelque chose en moi que je croyais fermé.” J’ai adoré cette intrigue d’une douceur infinie, terriblement juste, sincère et authentique. J’ai adoré ses personnages, à commencer par Inès, bien sûr, en qui je me suis beaucoup reconnue, mais aussi Pilar (et toutes ses copines), une grand-mère tout à la fois franche et fantasque, au tempérament aussi fort que sa résilience impressionne, que j’aurais adoré avoir à mes côtés, pour les coups de moins bien (et tous les autres jours aussi), sans oublier Luz avec son formidable concept de food truck littéraire, ainsi que Ruben et son café que je vous laisse rencontrer… J’ai adoré cette ambiance chaleureuse et réconfortante, cette invitation au voyage particulièrement immersive, ce plaisir d’essence et des sens, tant chaque mot nous émoustille : Parce qu’on sent la caresse du soleil sur notre peau, on s’émerveille du paysage et de ses habitations même lorsqu’il fait nuit, on se laisse bercer par le bruit des cigales, des silences et des abeilles, on se régale des olives pimentées comme des churros, on respire l’odeur du café, des fleurs et des autres… J’ai adoré me laisser happer, emporter et submerger par toutes ces émotions qui font font vibrer et exister, qui font battre le coeur, briller les yeux et réchauffer l’âme… J’ai adoré cette plume incroyablement poétique, tellement belle et lumineuse, ce style vif et délicat, tendre et dynamique. J’ai adoré me poser, rire et pleurer en compagnie d’Inès, connaître Rosita à travers ses souvenirs, déambuler dans ce village à pied, à vélo ou en combi, participer au cercle sacré de Pilar, lire ces post-it et ces fameuses cartes écrites au petit bonheur la chance. Et c’est avec une certaine mélancolie que j’ai refermé ce livre… Navrée de devoir quitter tout ce beau monde… Mais rassérénée, apaisée, réparée.
En bref, un immense merci à Gavin’s pour ce magnifique roman tellement touchant, qui se lit “au calme, avec un peu de cannelle, un peu de patience, et une pincée de ce qu’on ne dit pas”.