Quand les Quais du Polar se traduisent en deux langues et s’écrivent à quatre mains : “Exil(s) islandais“, d’Eva Björg Ægisdóttir et Jérôme Loubry, traduit par Jean-Christophe Salaün, paru le 03 avril 2026 aux éditions Points.
Le pitch : Lors d’une soirée à l’ambassade de France à Reykjavík, une journaliste s’effondre devant les invités. Officiellement, on parle d’une allergie mortelle. Vera, femme politique islandaise en vue, s’interroge. Qui était cette Camille, qui s’est présentée à elle comme une « vieille amie » de l’ambassadeur ? Sa mort tragique aurait-elle un rapport avec une histoire survenue à Lyon vingt ans plus tôt ? L’arrivée inopinée de Philippe Dutrieu, inspecteur lyonnais, va changer la donne…
Deux auteurs pour un polar suspendu entre Lyon et Reykjavík !
Chaque année depuis 2019, les Quais du Polar mettent deux auteurs au défi d’écrire un polar à quatre mains, nous permettant ainsi de découvrir toute la richesse de la littérature noire à travers leurs plumes. Pour cette 22ème édition, c’est au tour de l’Islande, avec la romancière Eva Björg Ægisdóttir, de s’associer à la France et Jérôme Loubry afin de nous offrir ces “Exil(s) islandais” entre la Capitale des Gaules et Reykjavík… Un récit de huit chapitres dans lequel j’ai eu la chance et le plaisir de plonger en avant-première grâce aux éditions Points qui organisaient une rencontre privilégiée avec les deux romanciers : L’occasion parfaite de retrouver Jérôme Loubry dont j’ai bouquiné tous les titres jusqu’au “Garçon éternel“, mais également de croiser enfin l’écriture de cette étoile du Nord dont je n’ai encore rien lu, ceci afin de mieux élargir mes horizons livresques !
Si l’exercice n’est pas facile, surtout quand on ne connaît pas (parce qu’à mon sens, se dire bonjour sur les salons ne suffit pas ^^), force est de constater que le duo Loubry/Ægisdóttir a su se trouver et le challenge est relevé ! Si l’intrigue s’avère évidemment brève comme le veut la consigne, celle-ci réussit son effet et retient toute notre attention de la première à la dernière ligne. On en devine certes les contours et l’orientation, de même qu’on identifie facilement qui a écrit quoi, pour autant on se laisse aisément emporter, curieux de comprendre comment ces deux-là vont retomber sur leurs pages et leurs pieds…
Tout comme leurs personnages d’ailleurs : Vera du côté islandais, Dutrieu du côté français, tout deux brièvement mais fort bien croqués. L’une brigue la mairie Reykjavík, l’autre fuit Lyon et les coups qu’il y a porté sous l’œil indiscret des smartphones pour enquêter sur la mort d’une journaliste lors d’un dîner à l’ambassade. Ces deux-là savent qu’on ne leur dit pas tout et leur alternance nous permet d’assembler toutes les pièces de notre sombre puzzle en même temps qu’eux, autour d’une thématique rapidement évoquée mais très intéressante.
La rencontre aux Quais du Polar nous a permis d’en apprendre davantage sur le processus d’écriture de ce cadavre exquis 2.0, et il nous faut saluer le travail de traduction réalisé par Jean-Christophe Salaün ! En effet, chacun de nos deux écrivains ne parlant pas la langue de son acolyte, celui-ci a dû traduire chaque chapitre en un temps record afin de ne pas freiner le travail de création. Le résultat est d’une fluidité extrême, ce qui facilite et dynamise d’autant plus cette lecture déjà fort attrayante puisqu’elle nous donne un aperçu de l’Islande qui suscite l’envie d’y rester plus longuement pour d’autres aventures…
En bref, je remercie vivement les Quais du Polar et les éditions Points de bousculer les habitudes de nos polardeux pour mieux nous régaler au gré de belles découvertes !