Chroniques 2026 \ La Falaise aux Suicidés de Joseph Macé-Scaron

A la découverte de l’anagramme d’Arsène : “La Falaise aux Suicidés” de Joseph Macé-Scaron, publié le 20 octobre 2022 aux Presses de la Cité dans la collection “Terres sombres“.

Le pitch : Étretat, ses falaises, ses lecteurs d’Arsène Lupin, sa mer aux couleurs du temps et ses couples romantiques enlacés sous la bruine. Attention à ne pas vous approcher trop près du bord, ce thriller glaçant risque de vous donner le vertige.
Derrière la carte postale de la petite station balnéaire, belle endormie de la Côte d’Albâtre réveillée chaque week-end par des nuées de touristes, se cache un monde de passions, de secrets et de dangers. Car le Mal rôde, satisfait d’avoir pu y commettre, depuis des décennies, des crimes parfaits.
Revenue une nuit sur les lieux de son enfance pour mettre fin à ses jours, Paule Nirsen en est empêchée par une rixe au bord de la falaise. Le lendemain, une femme, Rose, est retrouvée sur les galets.
Autour de Paule, les victimes s’accumulent. S’agit-il d’un tueur en série ou d’une mécanique diabolique actionnée par une confrérie ivre de revanche sociale ?
Furieuse qu’on lui ait volé son suicide, Paule va mener l’enquête avec le capitaine de gendarmerie Lassire. Ils ne seront pas trop de deux pour s’enfoncer dans les brumes épaisses de la cruauté humaine et montrer que la victoire du Mal n’est jamais inéluctable. Mais à quel prix ?

Honte à moi qui ai bien tous les bouquins de cet auteur… Mais n’en avais encore lu aucun ! Je me rappelle pourtant m’être procuré ce titre et le suivant lors du salon du Polartifice, voilà deux ans… Avant de retrouver l’auteur cette année au Printemps du Livre de Montaigu pour me procurer les deux derniers… Il m’aura fallu apprendre que j’allais animer une table ronde en sa compagnie à la rentrée pour ENFIN m’y plonger… Mieux vaut tard que jamais, vous en conviendrez !

Fort d’un travail de recherche absolument remarquable, l’auteur nous entraîne dans les ruelles d’une ville d’Etretat plus vraie que nature, pour une intrigue immersive à souhait, tout à la fois contemporaine et intemporelle par son aspect vintage et son allure un tantinet perchée. En effet, Joseph Macé-Scaron nous installe au cœur de cette charmante cité balnéaire, petit joyau de la Côté d’Albâtre bien connu des touristes pour mieux en révéler l’envers du décor, bien plus sinistre, et y dérouler une enquête pour le moins atypique, menée par les forces de l’ordre… Et deux chartistes !
Tout démarre par un suicide volé qui met à jour sans le vouloir une affaire criminelle des plus sordides… Et angoissantes pour peu qu’on ait peur des araignées. Tandis que les victimes s’accumulent (et que les pattes velues se précipitent), l’affaire se complexifie, revêt une dimension sociale non négligeable et prend une tournure assez inattendue. Ce n’est pas forcément crédible mais ça nous tient franchement en haleine, ça ménage son suspense et ça fait son effet, comme un subtil mélange entre Fred Vargas et Victor Guilbert, le tout croisé avec Maurice Leblanc : Voilà qui est prenant, porté par des personnages fort bien croqués, qui ne manquent pas de piquant ni d’intérêt, avec une mention spéciale pour Paule Nirsen pour laquelle je me suis pris d’affection.
Si je ne suis pas certaine que ce récit soit du goût de l’office du tourisme, il n’en demeure pas moins qu’il est soutenu par une plume fluide, élégante et agréable, un style distrayant teinté d’ironie voire d’un certain cynisme, rythmé par des chapitres courts qui dynamisent l’ensemble pour une lecture divertissante, un brin impertinente.

En bref, il suffit d’un roman pour nous démontrer que le suicide involontaire n’est pas un crime parfait !

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