Chroniques 2026 \ Mauvais cœur d’Audrey Brière

Excursion historique avec la reine du polar atypique : “Mauvais cœur” d’Audrey Brière, paru le 07 février 2025 aux éditions du Seuil.

Le pitch : 1922. Dans un petit bourg du nord de la France se dresse le Familistère, un immense bâtiment de brique rouge, de verre et d’acier, où sont logés les employés des fonderies Godin et leurs familles. Une communauté ouvrière unique, fondée sur une utopie humaniste.
Pourtant, ce matin-là, leur institutrice est retrouvée assassinée.
Dépêché sur les lieux, l’imperturbable Matthias Lavau, enquêteur aux capacités remarquables, ne peut s’empêcher d’être étonné. Quel étrange endroit, quelle drôle de façon de vivre…
Alors que Matthias tente de percer les secrets du Familistère, Esther, son adjointe et la femme qu’il aime, réapparaît soudain. Esther, avec sa personnalité mystérieuse et abrupte, qui l’a quitté deux ans plus tôt sans explication. Malgré l’absence et les non-dits, elle est une alliée bienvenue dans l’élucidation du meurtre. Enfin, des meurtres, car bientôt un nouveau corps est découvert…
Le mal se serait-il introduit dans cette communauté parfaite ?

Il est (presque) amusant de constater que j’ai toujours un train de retard quand il s’agit de remonter le temps en compagnie de cette autrice. Il m’a fallu plus d’un trimestre pour me plonger dans “Les Malvenus” en 2023… Et il m’aura fallu pas moins de neuf mois pour découvrir “Mauvais cœur“, paru en février 2025 et tout prochainement réédité en version poche aux éditions Points. Je veillerai à casser cette curieuse habitude avec le prochain roman d’Audrey Brière mais, pour l’heure, je vous parle ENFIN de cette nouvelle aventure, dans un lieu inhabituel aux côtés d’un duo singulier.

L’autrice nous installe en effet dans les bâtiments d’un familistère en 1922 pour une intrigue oscillant brillamment entre roman social et polar historique. Si l’enquête est admirablement construite et rondement menée, c’est d’abord le contexte qui retient toute notre attention, tant il est immersif parce que remarquablement retranscrit, sans aucun doute à la suite d’un minutieux travail de recherche et de documentation. Ainsi le récit nous happe sans délai, s’avère enrichissant et instructif sans jamais nous assommer, se révèle tout à la fois prenant et captivant dans ce décor qui ne nous est pas familier.
Mais au suspense s’ajoute l’émotion. Parce qu’Audrey Brière distille judicieusement ses indices sous le nez de deux protagonistes qu’on est heureux de retrouver. S’il n’est pas indispensable d’avoir bouquiné “Les Malvenus” pour la pleine et parfaite compréhension de “Mauvais cœur“, je vous en conseillerais fortement la lecture tout de même, déjà parce que c’est un excellent premier roman, mais aussi et surtout pour rencontrer Matthias Lavau et Esther Louve de la meilleure des façons. Pour appréhender le caractère rigoureux de l’un et le tempérament énigmatique de l’autre. Pour s’attacher à ces êtres cabossés par la vie et les apprécier dans toute leur authenticité.
C’est en leur compagnie et au fil de leur enquête, dans ce presque huis clos d’une saisissante justesse et porté par une plume fluide, sensible et élégante, qu’on confronte l’idéal souhaité à la réalité éprouvée. L’expérience n’en est que plus dense et fascinante et la lecture plus rapide que jamais. 

En bref, Audrey Brière confirme son talent à parcourir l’Histoire pour mieux sortir des sentiers battus et laisser une empreinte durable dans le monde du polar français. A quand la prochaine aventure ?

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