Souvenir d’enfance : “La petite fille aux allumettes” de Hans Christian Andersen, illustré par Benjamin Lacombe, traduit et commenté par Jean-Baptiste Coursaud, paru le 19 novembre 2025 aux éditions Albin Michel.
Le pitch : C’est le tout dernier soir de l’année, celui du Nouvel An. Une petite fille arpente les rues, tête nue, pieds nus. Personne na voulu acheter ses allumettes. Pour se réchauffer, elle les craque une une, et chaque flamme lui procure une vision de bonheur : un festin sublime, un sapin de Noël richement décoré, des bougies qui se transforment en toiles… jusqu’au doux visage de sa grand-mère qui n’est plus.
Comme bon nombre d’entre vous, les contes d’Andersen ont bercé mon enfance et ont sans aucun doute contribué à construire la lectrice passionnée que je suis désormais. Et bien que peu portée sur la littérature graphique, il est des illustrateurs dont j’admire le talent et suis les travaux, parmi lesquels figure Benjamin Lacombe. Aussi, lorsque j’ai appris la venue de celui-ci au sein de la superbe librairie Martelle à Amiens, je n’ai pas résisté un seul instant et me suis inscrite pour participer à cette rencontre, dont je vous ai récemment parlé sur les réseaux sociaux. M’étant fait dédicacer “La petite fille aux allumettes” à cette occasion, et au regard de la météo en ce début d’année maussade, toutes les conditions étaient réunies pour vous en parler sans plus tarder…
Tout le monde connaît l’histoire de la petite fille aux allumettes. Bien que n’en percevant probablement pas toute la densité dans mes jeunes années, c’est un conte qui m’a toujours profondément bouleversée. Le redécouvrir à l’âge adulte m’a permis d’en comprendre toute la dimension sociale, et le message qu’a voulu faire passer l’auteur à l’époque de son écriture, message toujours – et tristement d’ailleurs – d’actualité. A travers l’histoire de cette touchante petite fille – “pauvre”, ne cesse-t-il de souligner -, Hans Christian Andersen interroge l’indifférence sociale et dénonce ainsi la misère et ses ravages. Parce que cette petite fille chemine tête nue et pieds nus, faute de chaussures à sa taille. Parce que cette petite fille n’a pas trouvé preneur de ses allumettes, les bourgeois étant bien trop occupés à préparer le réveillon du Nouvel An. Parce qu’elle préfère rester dehors, dans le froid et sous la neige, plutôt que de subir la violence paternelle. Parce qu’elle ne demande qu’à se réchauffer, se sustenter, s’émerveiller encore du monde réel. A défaut, c’est dans une dimension mystique qu’elle trouve le contentement et l’apaisement, auprès de sa défunte grand-mère maternelle. C’est d’une tristesse sans nom et d’une beauté sans faille, ce qui rend ce court texte d’autant plus poignant et percutant.
Ajoutez à cela l’art de Benjamin Lacombe et vous verrez ce conte social magnifié, transcendé, transfiguré. A la noirceur du fusain – qui n’est pas sans rappeler ces fameuses allumettes -, Benjamin Lacombe ajoute le jaune fluo pour faire exploser la lumière… Et peut-être même l’espoir. A l’horreur de la situation, l’artiste oppose et conjugue l’enchantement de l’illustration, et ce avec une telle poésie, une telle sensibilité qu’elle nous touche en plein cœur et rend la charge émotionnelle du texte d’autant plus forte.
J’en terminerai avec la postface de Jean-Baptiste Coursaud, apportant moult renseignements sur la genèse de cette fable, sa publication, sa résonnance par rapport à la vie personnelle de l’auteur, à la symbolique qu’on peut y repérer. C’est résolument enrichissant et plus émouvant que jamais, ancrant l’histoire plus profondément encore au creux de notre âme.
En bref, Hans Christian Andersen nous offre un texte court mais puissant, Benjamin Lacombe le sublime de ses merveilleuses illustrations et Jean-Baptiste Coursaud en augmente l’intensité par ses propos. Combo gagnant pour une ode à la solidarité.