Coup de cœur pour ce passionnant polar historique : “La mort malgré lui” d’Armelle Hérisson, paru le 08 janvier 2026 à la Série Noire des éditions Gallimard.
Le pitch : Un village en Hongrie, 1944. De jeunes hommes sont enrôlés contre leur gré dans la Waffen-SS. Isère, 1980. Huit femmes sont enlevées puis tuées pour un projet artistique macabre. Toulouse, 1986. Martine Escadeillas disparaît mystérieusement. Laval, 1987. Le corps d’une journaliste parisienne est retrouvé, nu et couvert de sang, au pied d’une cité HLM tranquille. Séquestrée à plusieurs centaines de kilomètres de chez elle, elle semble avoir été tuée alors qu’elle tentait de s’enfuir. Pourquoi était-elle retenue prisonnière ? Par qui ? Le commissaire Ralu et sa brigade espèrent trouver la réponse dans les dossiers d’enquête de la victime.
C’est avec plaisir que j’ai appris qu’Armelle Hérisson, dont le roman m’a intrigué dès sa parution, allait participer à l’une des tables rondes dont on m’a confié la modération au salon de la Cigogne Noire, organisé les 12 et 13 septembre derniers à Moult-Chicheboville… Mais le hasard fait parfois bien les choses, et j’ai finalement eu la chance de pouvoir la rencontrer deux mois plus tôt, au salon du Polartifice, organisé les 13 et 14 juillet sur la plage du Touquet… Et la voir par deux fois récompensée pour ce premier roman me laisse à penser que je lui porte chance : Laissez-moi rêver, c’est toujours un petit bonus, même si rien ne saurait faire concurrence à son grand talent ! Trêve de bavardages et de plaisanteries, il est grand temps désormais de vous en parler !
Avec un talent de conteuse hors pair, Armelle Hérisson conjugue enquête policière et fresque historique à travers une double temporalité remarquablement maîtrisée, qu’elle installe avec minutie pour mieux nous embarquer dans une intrigue prenante à souhait. Que ce soit en Hongrie durant la Seconde Guerre Mondiale, ou à Laval dans les années 1980, l’autrice prend en effet le temps de planter son décor et de présenter ses protagonistes dont elle a finement croqué la personnalité. Ainsi nous faisons d’abord la connaissance de Vilmos et Imre, jeunes gens enrôlés contre leur gré dans la Waffen-SS, tandis que nous rejoignons l’équipe du Commissaire Ralu en Mayenne pour investiguer sur la mort d’une jeune femme, dont le corps nu a été retrouvé en plein cœur d’une paisible cité HLM après avoir remué le passé de certains de ses locataires.
Beaucoup d’informations et moult personnages… Pourtant, pas un seul instant l’autrice ne nous perd, tant elle gère son intrigue d’une main de maître. Un récit choral à la narration diablement maîtrisée, dans lequel elle met en lumière les “Malgré Nous” et ces criminels de guerre qui ont profité d’une certaine débandade à la Libération pour s’éclipser et échapper à leurs responsabilités… Mais c’est sans compter ceux qui œuvrent à corps perdu pour que justice soit rendue tôt ou tard, au nom des trop nombreuses victimes, toutes les victimes, qu’il ne faut pas oublier, ni hier, ni demain, ni jamais.
Forte d’une plume particulièrement fluide, élégante et captivante, avec un style emprunt de justesse et de sensibilité, l’autrice nous offre ainsi une authentique plongée au cœur de l’Histoire en compagnie de personnages, pas parfaits mais fort attachants et foncièrement sincères, ce qui rend cette aventure vibrante, profondément touchante et pleine d’humanité, même quand elle se heurte à l’inhumain, dont on ressort à la fois conquis et complètement chamboulé.
En bref, et au risque de me répéter, je me suis volontiers laissé emporter par “La Mort malgré lui” : Une belle découverte, une nouvelle plume qu’il me tarde de retrouver à l’occasion d’une prochaine lecture !