Chroniques 2026 \ Héritage de Christophe Gavat

C’est Marseille, bébé… Des cités à l’Evêché à travers ce polar saisissant de vérité : “Héritage” de Christophe Gavat, paru le 02 avril 2025 aux éditions Fayard.

Le pitch : L’opération coup de poing menée à la cité des Coursogouliers contre une bande de narcotrafiquants aurait dû marquer la retraite bien méritée du commandant Henri Saint-Donat. Mais, alors que les interpellations s’enchaînent, le principal suspect parvient à lui échapper. Le même jour, un choc retentissant secoue la brigade : Louis Clert, mentor et figure emblématique de la police criminelle de Marseille, est retrouvé sauvagement assassiné.
Pour Saint-Donat, il est inconcevable de prendre sa retraite tant que le meurtrier court toujours. À mesure que son enquête avance, des connexions inattendues émergent entre les différentes affaires, le plongeant dans une véritable toile d’araignée.

Christophe Gavat ne m’est pas inconnu, de même que le Commandant Henri Saint-Donat. En effet, j’ai rencontré l’un et l’autre il y a quelques années déjà, à l’occasion d’une table ronde que j’animais au salon “Sang pour sang polar” de Saint Chef, auquel l’auteur fait d’ailleurs un petit clin d’œil. Lauréat du Prix du Quai des Orfèvres en 2021, “Cap Canaille” a ainsi fait partie des titres que j’ai bouquinés pour découvrir cette bibliographie immersive et musclée… Bien qu’avec retard, puisque j’ai revu l’auteur en avril dernier aux Quais du Polar, c’est avec plaisir et curiosité que je suis repartie enquêter au cœur d’une Cité Phocéenne plus brute et authentique que jamais…

Flic un jour, flic toujours” comme l’indique l’un de ses livres, Christophe Gavat se sert brillamment de son expérience professionnelle pour nous entraîner au cœur d’une intrigue dense et complexe, mais aussi et surtout redoutablement maîtrisée, alliant remarquablement action et affection, tension et émotion. Plusieurs enquêtes se heurtent et s’entremêlent pour mieux se connecter, telle une vaste toile d’araignée qu’il s’agit de démêler.
Mais si le récit démarre sur les chapeaux de roue pour nous laisser bien peu de répit au gré des imprévus et autres rebondissements, Christophe Gavat n’en oublie pas l’aspect humain pour autant, et ce de chaque côté de la table d’interrogatoire. Les protagonistes sont très (trop ?) nombreux, pourtant les principaux (qu’ils soient bons ou mauvais) se démarquent par leur présence et leur personnalité, par leur réalisme et leur authenticité… Avec une mention spéciale pour Diego, que je vous laisse rencontrer.
C’est foisonnant, brut et brutal, mais d’une crédibilité à toute épreuve, parfois même dérangeante tant elle fait mal à notre réalité. Car à la violence décomplexée d’une société en perdition, l’auteur ajoute une ville de Marseille plus vivante et vraie que nature, presque un personnage à part entière. L’ambiance y est fiévreuse, le rythme effréné, la plume nerveuse et le style d’une redoutable efficacité pour une lecture prenante comme jamais… Comme un film, mais en (beaucoup) mieux.

En bref, voilà longtemps que je n’avais pas lu un polar qui sonne aussi cruellement juste et véridique pour une expérience littéraire résolument captivante : J’y retournerai !

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