Un roman noir qui chamboule nos certitudes et bouscule nos consciences : “La place du chat” de Patricia Delahaie, paru le 30 avril 2026 aux éditions Belfond Noir.
Le pitch : “Ce n’est pas moi qui ai tué ma mère, c’est l’article 205 du Code civil.”
Jeune journaliste, Rose Pulzaire enquête sur Missy Becker, une retraitée parisienne qui a assassiné sa vieille mère à l’aide d’un petit couteau de cuisine.
Au fil des entretiens avec la détenue, Rose découvre l’histoire d’une femme meurtrie, fille invisibilisée d’une comédienne flamboyante, égocentrique et un peu escroc qui, lorsqu’elle se rappelait sa présence, l’entraînait dans des situations dangereuses, traumatisantes. Une mère absente et sans scrupule, dont l’État lui impose la garde puisque ni l’une ni l’autre n’a les moyens de financer une chambre en Ehpad.
Rose cherche à comprendre la relation entre les deux femmes, à distinguer le vrai du faux dans le discours de la charmante criminelle. Victime ou bourreau, qui est vraiment Missy Becker ?
Si j’avais repéré son nouveau roman avant même sa sortie en librairie, je souhaitais patienter, jusqu’à retrouver l’autrice à l’occasion d’un salon pour me procurer un exemplaire dédicacé… Le hasard des plannings l’ayant décidé ainsi, il m’aura finalement fallu attendre jusqu’en juillet pour ENFIN la revoir au Touquet lors du Polartifice… Provoquant ma joie à double titre, puisque je savais l’avoir comme invitée dans mon programme de rencontres que j’avais la chance d’animer au salon de la Cigogne Noire à la rentrée : Travailler dans le plaisir, voilà la vraie source du bonheur !
Mais ce n’est pas le bonheur qui a régi la vie de Missy Becker, c’est sa mère. Sa mère qu’elle a tuée, ce qu’elle reconnaît, tout en accusant l’article 205 du Code civil, lequel dispose que “Les enfants doivent des aliments à leurs père et mère ou autres ascendants qui sont dans le besoin”. C’est à partir de ces éléments que la jeune Rose est envoyée en détention pour rencontrer la condamnée afin de réaliser une série d’entretiens à la demande du journal pour lequel elle travaille. Rose, une jeune femme épanouie, sur le point de devenir mère, qui n’est pas là pour juger mais pour comprendre… Et nous avec elle.
Car sur le papier, Missy Becker est coupable, cela ne fait aucun doute. Mais comment en est-on arrivé là ? Pourquoi une femme charmante et sans histoire en est venue à commettre l’irréparable sur celle qui l’a mise au monde ? C’est ainsi qu’avec Rose, on remonte dans le passé de Missy pour découvrir une relation mère-fille particulièrement toxique, un quotidien maltraitant relaté de manière terriblement anodine, un calvaire invisible dévoilé au détour d’une conversation, qui, en apparence, n’a laissé aucune trace, en tout cas pas pour la justice, et n’empêche donc pas l’application de l’article 205 du Code civil au profit d’une mère perverse et narcissique, sournoise et égocentrique.
A travers cette passionnante enquête journalistique, Patricia Delahaie nous propose un thriller psychologique et social de haute intensité, dans lequel elle interroge judicieusement les questions de culpabilité et de responsabilité, de pardon et d’abnégation, d’obligation et d’acceptation. C’est d’autant plus sidérant que, petit à petit, au fil des confidences et révélations, cela vient dangereusement titiller nos principes, démontrant que victime et bourreau ne sont pas toujours des notions aussi distinctes et limpides qu’on pouvait le penser.
Tout en décortiquant les multiples mécanismes de mauvais traitements sous sa plume fluide et sensible, Patricia Delahaie nous prend aux tripes et suscite notre empathie pour ces personnages fort bien croqués, à la psychologique subtilement étoffée. On ne lit pas ce récit, on le suit, on l’écoute, on en prend note avec Rose, assise avec elle dans l’intimité de la cellule de la matricide qui nous fait face. Les dialogues sont prenants, les propos percutants, les constats accablants, les répercussions consternantes. Parce qu’il ne faut pas oublier qui a tué qui, ce qui renforce indéniablement la puissance du drame comme la tension de l’intrigue.
En bref, c’est un roman noir extrêmement pertinent et redoutablement actuel que Patricia Delahaie nous offre ici… Sans aucun doute celui qui m’a le plus saisie et tourneboulée, que je vous invite à lire sans délai parce que “Nul n’est censé ignorer à la loi” : Tenez-vous-le pour dit !