Chroniques 2017 Dolores de James Osmont

Un troisième volet bluffant pour clore en beauté une trilogie atypique : « Sandrine » de James Osmont, disponible sur Amazon.
 
Le pitch : « Dix-neuf ans, et l’air den avoir quatorze. Les cheveux en pétard et le pétard aux lèvres. Un petit mètre soixante e l’impression de frôler le quintal quand, en réalité, on voyait presque à travers elle, face au miroir. Au rythme des saisons, des médications, des accès boulimiques, des périodes de famine affective, le corps de Dolores enflait ou perdait de sa substance. Un yoyo monté sur un fil cassant. Sans ressort. Un squelette bizarrement agencé, pensait-elle. de la viande animée par un peu d’électricité au-dedans, empilée en bourrelets, en petits tas de féminité désincarnée… Elle n’était ni grosse ni vilaine pourtant, mais elle n’y croyait pas elle-même. Ni d’ailleurs en la réalité de son être, en sa singularité, sa complétude : l’existence par et pour elle seule. Une chose flottante, mouvante, égarée.
Mal née, mal-aimée.
« Votre problématique s’ancre dans un défaut d’individualisation », disaient les uns, au savoir malhabile. « Tu es un ange incompris », affirmaient les autres, à la compassion lyrique… Dolores, victime des gens, coupable d’elle-même, à la merci d’un trou noir dense, magnétique et gourmand qu’elle savait toujours aux lisières de son esprit. En bout de chaîne, maillon fragile, subissant les évènements sans le savoir, et la somme de ces étranges aléas survenus ce soir encore… La chevauchée sans fin du Mal, qui jamais ne se présente jamais ne se nomme, déguisé sous les nobles projets du « destin »… La destinée, cette somme de choix hasardeux dont on fait après coup des prophéties ; la jeune femme la jouait au poker menteur, à la roulette russe, au tarot de Marseille.
Sans un atour en main… »
 
Une fois n’est pas coutume, j’ai préféré vous livrer un entier extrait du roman tant il me semblait difficile de vous résumer ce dernier, mais aussi pour éviter tout spoiler et révéler dans le même temps le caractère hors norme d’un tel récit… Aussi poétique que violent, aussi douloureux que touchant.
 
Alors on replonge une fois encore au coeur de l’univers psychiatrique que l’auteur nous décrit en détails tant il maîtrise le sujet pour le côtoyer au quotidien dans son travail. On rencontre ainsi Dolores et Lucas, nouveaux personnages qui nous invitent à plonger aux confins de la folie sans garantie d’en sortir… Tandis que l’ombre de Régis plane au-dessus de ces pages, on retrouve aussi Sandrine, de même que Thorsten, dit le Mal pour les intimes.
Les chapitres défilent et les mélodies s’enchaînent, on réalise qu’on lit, qu’on vit même, quelque chose d’inédit. L’auteur y a mis son coeur et ses tripes et ça se sent, se ressent, tant l’immersion est totale et la lecture prenante. On progresse dans la lecture et le thriller psychiatrique se fait plus dur, plus pur, plus sûr, mettant ainsi le lecteur à rude épreuve devant tant de violence qui va faire Mal jusqu’à un final particulièrement réussi.
Dolores… Même le prénom semble n’avoir pas été choisi au hasard tant la douleur s’y reflète. Si elle est « une proie pour le Mal qui rôde », il y a lieu de prendre garde à ne pas en devenir une, nous aussi, tandis que l’écriture, toujours plus nerveuse, demeurent envers et contre tout poétique, tandis que la plume s’affûte au rythme de ces morceaux de musique pas choisis de manière aléatoire. Il bouleverse les codes tandis qu’on bascule… Et c’est déjà fini.
 
En bref, une chronique qui ne ressemble sans doute à aucune autre pour un thriller tout aussi unique. A découvrir sans hésiter, en commençant par Régis s’il vous plaît. C’est important, merci.

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