Amour, patience et confiance : “Fauves” de Mélissa Da Costa, paru ce 07 janvier 2026 aux éditions Albin Michel.
Le pitch : « Je veux jouer avec le feu, trembler, sentir la morsure de la mort. Défier les instincts les plus brutaux, les plus sauvages, et les dépasser. »
Comment s’échapper de sa cage ? C’est l’obsession des fauves mais aussi celle de Tony, dix-sept ans, lorsqu’il rejoint un cirque itinérant après avoir fui la violence de son père. Faire face aux bêtes, affronter ses propres démons…
Le nouveau roman de Mélissa Da Costa nous propulse au cœur de l’arène, où l’ivresse du danger fait oublier la mort. Une fresque magistrale, portée par une écriture tendue et charnelle.
Fidèle au rendez-vous de chaque publication de Mélissa Da Costa désormais, je ne pouvais décidément pas manquer ces retrouvailles en librairie pour rencontrer les “Fauves” de la romancière cette année… Mais la magie de Noël a frappé, et c’est avec fébrilité que j’ai finalement pu entrer dans l’arène plus tôt que prévu, les éditions Albin Michel m’ayant très gentiment envoyé un exemplaire dédicacé en décembre dernier, petit cadeau supplémentaire et inattendu au pied du sapin, dont je tiens chaleureusement à les remercier… Car “Fauves” n’est pas un roman, non. C’est plus, beaucoup plus que cela, comme vous allez bientôt pouvoir le constater…
“Fauves“, c’est une immersion totale, pleine et parfaite, tant au cœur de la culture tzigane que des traditions circassiennes. En effet l’autrice nous entraîne dans les coulisses d’un cirque itinérant dans les années 1980, loin des lumières et des paillettes, lorsque les portes sont fermées et les projecteurs éteints. Elle nous initie à “l’art” du dressage et du domptage des animaux sauvages, un numéro pour le moins archaïque qui, fort heureusement, n’est plus d’actualité… Contrairement à la brutalité des hommes qui, elle, semble tristement intemporelle…
“Fauves“, c’est justement s’intéresser à la domination, aux rapports de force et aux violences que cela entraîne, dans quelque relation que ce soit. C’est ici le cas dans la sphère familiale et/ou conjugale, sur le plan personnel mais aussi professionnel, entre être humains comme à l’égard des animaux. Et à chaque fois l’impact est considérable, les ravages effroyables.
“Fauves“, c’est aussi se pencher sur la place des femmes, au rôle qu’on leur a longtemps assigné, aux chaînes qu’on leur a longtemps imposées, aux barrières qu’on leur a longtemps fixées… Et qui, aujourd’hui encore, ne demeurent pas si loin… C’est ainsi se heurter à leur faiblesse face au système alors qu’elles se montrent si fortes, si dignes, si nobles face aux épreuves comme à l’adversité.
“Fauves“, c’est donc faire connaissance avec Tony, 17 ans et déjà trop de blessures pour son âge, qui préfère la colère et la haine, l’impulsivité et l’alcool pour oublier la tristesse et la culpabilité, la douleur et l’abandon. C’est encore croiser la route de Sabrina, la femme du “Padre“, imprévisible et insolente, qui use de ses charmes à défaut de pouvoir s’affranchir… C’est également côtoyer Chavo et Matelo, Alessio et Jason… Sans oublier Thor et Khalif, Jaipur et Amara, Saskia et Asia car ici les êtres humains et comme les bêtes sont des personnages à part entière, avec leur caractère, leur personnalité, leurs failles et leurs faiblesses, leur complexité et leur férocité…
“Fauves“, c’est une intrigue sombre et prenante, pleine de suspense et gorgée d’émotions, mais c’est aussi et surtout une véritable expérience des sens : Parce qu’on respire l’odeur de la cigarette, du foin et de la viande, parce qu’on hume celle des lions, des tigres et des chevaux. Parce qu’on aime caresser le museau d’Amara, glisser nos mains dans les poils soyeux d’Asia, brosser le crin de Tornade. Parce qu’on goute à l’imbuvable alcool de mirabelle, on apprécie le café du matin, on se délecte du repas du soir. Parce qu’on se glace à chaque rugissement, on tremble à chaque coup de fouet, on s’émeut de chaque silence. Parce qu’on se laisse éblouir et envoûter par ce déferlement de couleurs, des décors aux costumes en passant par les caravanes et le chapiteau, sans oublier les boas de Sabrina, le rose comme le noir…
“Fauves“, c’est s’échapper d’une cage pour s’enfermer dans une autre avec un jeune homme brisé par la vie, dont on déplore les mauvais choix sans toutefois les juger parce qu’on sait tout ce qu’il a déjà traversé… C’est le voir se confronter à des fauves en captivité à défaut d’affronter ses propres démons. C’est vivre plus que lire son histoire, s’intégrer autant que faire se peut au sein du clan Pulko, s’embarquer dans cette vie nomade et se laisser emporter par une ambiance incroyablement bien retranscrite, teintée d’un léger mysticisme, s’enivrer d’une plume sensorielle, sensible et sensuelle, au point de ne plus pouvoir lâcher ce bouquin dès lors qu’on y est entré, jusqu’à un final poignant, vibrant, bouleversant.
En bref, je pourrais vous parler des heures encore de ce roman puissant… Mais je vous laisse plutôt le lire, ce sera bien plus captivant. Retenez simplement qu’il est passionnant : A plus d’un titre et dans tous les sens du terme, absolument… Que le spectacle commence !
Ca donne envie…
Je viens de découvrir l’autrice avec Les femmes du bout du monde 🙂