“Vous qui entrez ici, abandonnez toute espérance”… “Les Invisibles” de R.J. Ellory, paru le 02 avril 2026 aux éditions Sonatine.
Le pitch : 1975, Syracuse, État de New York. Rachel Hoffman, nouvelle recrue de la police locale, est appelée sur sa première scène de crime : une institutrice vient d’être assassinée. À côté du corps, un étrange message tiré de La Divine Comédie de Dante. Peu après, une deuxième victime est découverte. C’est le début d’une série d’homicides à laquelle Rachel va être intimement mêlée, nouant une relation très particulière avec le mystérieux assassin. Cinq ans plus tard, alors que l’affaire semble close, une nouvelle vague d’assassinats frappe New York, étonnamment similaires à ceux de Syracuse. Rachel, qui s’apprête à rejoindre l’unité d’analyse comportementale du FBI, ignore encore qu’il lui faudra plus d’une décennie, avec nombre d’autres meurtres à la clé, pour peut-être résoudre cette enquête très personnelle qui, peu à peu, va virer à l’obsession, à la paranoïa, et la mener aux confins de la folie.
Si j’attendais les Quais du Polar avec une franche impatience afin de me procurer le nouveau titre de R.J. Ellory, alors fraichement débarqué en librairie, ma joie de pouvoir enfin le bouquiner n’en fut plus que plus grande lorsque les organisatrices du salon de l’Escargot noir m’ont confirmé l’animation d’une table ronde en sa compagnie et celle de Johana Gustawsson : Si vous êtes à Sens ce dimanche, nous vous y attendons nombreux pour nous écouter… Mais dans l’immédiat, c’est ici et maintenant qu’il me faut vous parler des “Invisibles“…
Syracuse, 1975. Nouvelle recrue dans la police, l’agente Rachel Hoffmann est appelée sur une scène de crime. Sa première. Celle d’un meurtre soigné, minutieusement orchestré. Le premier d’une sinistre série… Le premier d’une série de séries… Sans le savoir, cette jeune femme vient de débuter la traque d’une vie. Et nous aussi.
Dans le sillage de Dante, R.J. Ellory revisite ses classiques pour mieux se les réappropier et nous offrir un excellent polar, conjuguant merveilleusement les fastidieuses investigations d’une enquête criminelle à l’ancienne avec l’histoire du profilage et l’exploration psychologique d’un prédateur… Et plus encore de son chasseur. Car Rachel ne s’en laisse pas conter et ne lâche pas l’affaire, quitte à perdre pied !
S’ensuit dès lors une intrigue de longue haleine, construite toute en tension, une tension qui ne faiblit jamais en dépit des chapitres comme des années. Car si le récit peut paraître lent ou long, ce n’est que pour mieux éprouver le lecteur, à l’image de son héroïne, dont la quête de justice et de vérité vire littéralement à l’obsession et met à mal son existence toute entière.
Dans une Amérique sombre et gangrénée par la violence, parfaitement restituée, une telle obstination, un tel engagement de la jeune femme ne la rend que plus touchante. Obnubilée par ce besoin de comprendre son adversaire et ses motivations, Rachel finit par s’oublier, par s’abimer… Mais aussi par révéler son humanité à l’aune de ses fragilités. Dès lors, on la suit avec empathie, sans jamais rechigner malgré les difficultés, et ce jusqu’à un dénouement un peu abrupt mais tout à fait réussi, nous démontrant par ailleurs que la psychologie n’est pas une science exacte et qu’elle a ses limites.
En bref, loin des nouvelles technologies et de toute autre modernité, R.J. Ellory met la Divine Comédie à l’épreuve du crime pour nous offrir un polar captivant et un moment de lecture d’une remarquable densité.