Chroniques 2026 \ Le Pavillon des fièvres de Noémie Adenis

C’est pour votre bien, qu’ils disent… “Le Pavillon des Fièvres” de Noémie Adenis, paru le 12 février 2026 aux éditions Robert Laffont dans la collection La Bête Noire.

Le pitch : Notre sort, à nous les femmes, compte parfois si peu à vos yeux.
En ce mois d’août 1690, Paris étouffe. Mais dans la maison du docteur Timbert règne une atmosphère glaciale : Madeleine ne supporte plus d’être enfermée dans cette demeure où la vie tourne autour de la maladie de sa mère. Persuadée qu’on la remarquera seulement si sa santé décline, elle simule un trouble et se trouve envoyée à Pincourt, un établissement qui accueille les bourgeois éreintés aussi bien que les aliénés.
Mais dans cette pension dédiée au repos sévit une étrange épidémie ; on découvre des merles morts auprès des résidentes tourmentées. Madeleine décide d’enquêter sur ces événements, qui font peu à peu ressurgir les fantômes du passé – à commencer par Antoine Lestang, ami d’enfance devenu chirurgien. Et si aucune patiente n’était à l’abri du danger ?

Très friande de littérature historique, j’ai eu la chance et le plaisir de découvrir Noémie Adenis dès son premier titre, “Le loup des ardents“, lauréat du Grand Prix des Enquêteurs 2021, qui s’apparente davantage à un roman noir, passionnant au demeurant. Depuis, le hasard nous a réunies par deux fois à l’occasion de tables rondes, d’abord pour “Le Jardin des anatomistes” à Saint-Raphaël il y a deux ans… Et en septembre à la Cigogne Noire pour “Le Pavillon des fièvres“… Dont il me reste à vous parler aujourd’hui pour rattraper mon retard !

Nous replongeant peu ou prou à la même époque (en tout cas au même siècle) que précédemment, Noémie Adenis nous offre toutefois un ouvrage assez différent (en dehors du travail de recherche) mais tout aussi captivant. C’est en effet avec un roman de femmes (plus qu’un roman féminin) que l’autrice fait son retour en librairie. Car si les hommes n’en sont pas absents pour autant, c’est surtout aux femmes qu’il se consacre, les femmes et les maux dont elles sont atteintes : Des douleurs souvent qualifiées de “vapeurs” quand on ne sait pas les expliquer. Des blessures morales bien plus graves et profondes également, qui ne sauraient être aussi facilement diagnostiquées mais qu’on qualifie très vite de la même manière par commodité.
Bienvenue (ou pas) à la Pension de Pincourt où se retrouve Madeleine Timbert qui, pour attirer l’attention d’un père obnubilé par la maladie de sa femme, a dit qu’elle se pensait souffrante… Et risque bien de l’être, puisqu’une étrange épidémie semble sévir entre ces murs et a déjà fait moult victimes, un merle étant toujours retrouvé mort à côtés des malheureuses. C’est dans ce décor pour le moins inquiétant que l’autrice nous déroule une intrigue historique dont elle a soigné le moindre détail grâce à un travail de recherche aussi indéniable que remarquable, mêlant admirablement réalité et fiction pour une crédibilité à toute épreuve et un suspense de tous les instants.
Car au-delà de l’intrigue elle-même, ce sont les personnages qui en constituent les piliers et se révèlent tout à fait fascinants. Non pas parce que l’autrice les a rendus nécessairement attachants (ce n’est pas le cas), mais bien parce qu’elle en a minutieusement construit la psychologie, pour les rendre plus nuancés, et redoutablement ambivalents. Qui croire ? Que croire ? A qui faire confiance ? Très rapidement, on en vient à douter de tout, de tous, on ne sait plus à qui se fier, de qui se méfier… On élabore des hypothèses pour mieux se voir rembarrer, on se laisse ainsi manipuler jusqu’à un dénouement au moins aussi inattendu qu’absolument sidérant.
C’est donc au coeur d’une enquête assez atypique que l’autrice nous entraîne ici, dans ce Paris plus vrai que nature et en compagnie de l’intrépide Madeleine… Mais pas seulement : Le Docteur Antoine Lestang, que la jeune femme a connu dans son enfance, s’y trouve aussi mêlé et emmêlé bien malgré lui, pour le meilleur et pour le pire à l’instar du lecteur… Mais ce sera à vous de le découvrir en vous plongeant à votre tour dans ce roman fort prenant, porté par une plume diablement fluide, brillante et élégante, soutenu par un style soigné, emprunt de grâce sans manquer de dynamisme, pour un moment de lecture presque hypnotisant.

En bref, je me suis (encore) laissée prendre au piège de Noémie Adenis, et c’est maintenant à vous d’y pénétrer si ce n’est pas déjà fait : Prenez un remède (ou un remontant) pour vous accompagner, c’est bon pour la santé !

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