Chroniques 2026 \ La Nuit ravagée de Jean-Baptiste Del Amo

“Vous qui entrez ici, abandonnez tout espoir”: “La Nuit ravagée” de Jean-Baptiste Del Amo, paru le 13 mars 2025 aux éditions Gallimard, lauréat du Prix du Livre de l’année 2025 du Magazine Lire.

Le pitch : “Ils s’étaient presque attendus à découvrir la maison abandonnée tous volets ouverts, lumières aux fenêtres, éclairant la nuit comme une attraction foraine démoniaque, prête à les happer. Mais ils la trouvèrent fidèle à elle-même, embusquée tout au fond de l’impasse, dissimulée par les ronces, semblable à ces araignées noires qui se nichent dans les crevasses des murs où elles patientent à l’affût d’une proie.”
Saint-Auch, petite bourgade en périphérie de Toulouse, au début des années 1990. Au fond de l’impasse des Ormes se trouve une maison abandonnée qui depuis toujours exerce une attraction étrange sur un groupe d’adolescents du quartier. Lorsque l’un d’entre eux meurt dans de terribles circonstances, ils décident d’y entrer, sans se douter des périls auxquels ils s’exposent.

Si j’ai remarqué ce bouquin, non pas dès sa sortie mais à la rentrée, c’est à la Foire du Livre de Brive que je me suis finalement décidée. Le roman venait d’être consacré Livre de l’année par le Magazine Lire, un entretien lui était d’ailleurs consacré, l’auteur dédicaçait le dimanche… Ce fut donc l’un de mes derniers achats du salon, achat dans lequel je me suis plongée dans la foulée… Pour laisser tomber, dans un premier temps, déjà parce que je n’y trouvais pas ce à quoi je m’attendais, et puis parce que je ressentais que ce n’était pas le moment, tout simplement. Je l’ai donc délaissé un instant, me suis laissée bercer par les romans de Noël et autres lectures réconfortantes pour le retrouver en ce début d’année, avec plus de disponibilité, d’ouverture et d’objectivité…

Entre roman social et thriller horrifique, l’auteur nous fait une remarquable démonstration de son talent d’écriture, à la croisée des genres et des mondes.
A travers cet ouvrage, Jean-Baptiste Del Amo remonte le temps pour nous installer dans un quartier résidentiel en banlieue de Toulouse au début des années 1990, dressant ainsi le portrait désenchanté d’une époque et d’une génération. Celle des adolescents que nous allons côtoyer, un âge où l’on perd ses repères et connaît bien des désillusions. Cinq jeunes gens fort bien croqués, à la personnalité remarquablement ciselée, dont on comprend le caractère et perçoit les failles tandis que l’auteur aborde de nombreux sujets de société encore d’actualité : Le harcèlement scolaire et les violences conjugales, le racisme et l’homosexualité, l’alcoolisme et la maladie, la découverte de l’amour et l’épreuve du deuil.
Mais si l’on se retrouve aussi fortement happé par ce récit, c’est aussi parce qu’il nous entraîne au beau milieu d’un décor habituel et familier pour mieux nous surprendre par l’horreur qui s’y révèle. Une maison abandonnée au fond de l’impasse des Ormes, un drame qui bouleverse la ville toute entière et un groupe d’ados qui décident d’y pénétrer pour savoir, pour comprendre… Une porte ouverte et bientôt les nuits ravagées, une porte ouverte et bientôt les vies basculées…
Etrangement le texte nous soumet à une certaine lenteur, une certaine langueur sans souffrir de la moindre longueur. Indubitablement la maison est magnétique, la tension palpable, l’atmosphère angoissante, la plume fascinante. A peine franchissons-nous les premières pages que le roman nous happe et nous saisit, nous enivre et nous envoûte, nous emprisonne de ses lignes comme un piège qui se referme inéluctablement sur nous. Les clins d’œil à la littérature de genre sont aussi nombreux que les références cinématographiques, aussi l’impact est immédiat : Subrepticement la peur s’installe et le frisson augmente jusqu’à un dénouement qui nous hantera longtemps, très longtemps après s’être extirpé du point final.

En bref, c’était ma première incursion dans l’univers de Jean-Baptiste Del Amo. Je ne m’attendais pas à pareille aventure et ne sais pas si j’en ai perçu tous les tenants et aboutissants. Toujours est-il que la lecture a fait son effet, que le romancier rend ici un bel hommage aux maîtres de l’horreur, quels qu’ils soient, et que je retournerai me frotter à sa plume, plus vaillante que jamais !

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